Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/340

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troupe entière s’arrêta et qu’ils restèrent attentifs observateurs de ce qui se passa, jusqu’à ce qu’il se fît une interruption qui sera racontée en temps et lieu. Mille-Langues, qui s’était placé au centre du portique pour interpréter les discours, avertit les chefs qu’ils pouvaient accomplir avec tranquillité l’objet de leur visite.

Après une pause convenable, le même jeune guerrier qui s’était adressé à Jaaf se leva de nouveau, et avec un raffinement de politesse qu’on chercherait en vain dans la plupart des corps délibérants d’une contrée civilisée, il rappela les circonstances qui avaient empêché le nègre de terminer son adresse, l’engageant à poursuivre et à achever son discours. Ses paroles furent transmises au nègre par Mille-Langues, qui assura que pas un des chefs ne dirait un mot jusqu’à ce que le dernier orateur eût complété son allocution.

Ce ne fut pas sans difficulté que nous parvînmes à remettre sur ses jambes le vieux Jaaf. Comme il était bien entendu cependant qu’aucun chef ne parlerait jusqu’à ce que le nègre épuisât son droit, ma chère Patt dut intervenir, et plaçant sa blanche main sur l’épaule du vieux nègre, elle l’engagea à se lever et à terminer son discours. Il la reconnut et obéit ; car une chose digne de remarque, c’est que tandis qu’il se rappelait à peine ce qui s’était passé une heure auparavant, faisant une terrible confusion de dates, parlant de ma grand’mère comme d’une jeune fille ; il connaissait cependant tous ceux de la famille qui vivaient encore, nous aimait et nous honorait, même alors qu’il s’imaginait que nous avions été présents à des scènes qui avaient eu lieu lorsque nos grands parents étaient jeunes. Mais venons à son discours.

« Que veulent ces gens habillés en calicot, comme autant de squaws ? s’écria Jaaf en regardant les Indgiens rangés en ligne tout près du portique. Pourquoi les laisser venir, maître Hughes, maître Hodge, maître Matbone, maître Mordaunt. Lequel de vous est ici, je ne sais pas, il y en a tant, et il est si difficile de se rappeler toutes choses. Oh ! je suis si vieux ! Je me demande quand mon jour viendra. Voilà Sus aussi, il n’est bon à rien. Autrefois il était grand marcheur, grand guerrier, grand chasseur, fameux homme pour ces Peaux-Rouges ; mais il est tout à fait usé. Je ne vois pas à quoi sert qu’il vive plus longtemps. Indien bon à rien quand il ne peut pas chasser. Quelquefois il fait paniers et balais ; mais on se sert de meilleurs balais maintenant, et l’Indien perd ce