Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/37

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les deux pupilles m’ont fait promettre de ne jamais montrer leurs lettres à qui que ce soit, ce qui veut dire à toi, avant qu’elles fussent capables de m’écrire autre chose que des lieux communs. Mais je trouve que leur correspondance vaut la peine qu’on s’y arrête, et je crois pouvoir t’en lire un extrait.

— Il vaudrait mieux vous en abstenir, Monsieur ; c’est une sorte de trahison dont je ne serais pas volontiers complice. Si mademoiselle Coldbrooke ne se soucie pas que je lise ce qu’elle écrit, elle ne se soucierait pas davantage que vous me le lisiez.

Mon oncle me regarda d’un air qui semblait accuser mon insouciance. Cependant il tenait toujours la lettre ouverte, la parcourant des yeux, laissant échapper tantôt un sourire, tantôt une exclamation de joie, comme pour exciter ma curiosité : « Fameux ! s’écriait-il, très-bien ; charmante, fille ! » Je restai impassible, et mon oncle dut faire taire son enthousiasme et serrer ses lettres.

— Eh bien ! reprit-il, après un moment de réflexion mêlée d’étonnement, ces demoiselles seront joyeuses de nous revoir. Dans ma dernière lettre à ma mère, je les avais prévenues que nous ne serions pas de retour avant le mois d’octobre, et maintenant je vois que ce sera au moins aussitôt que juin.

— Ma sœur Patt sera enchantée, je n’en doute pas. Quant aux deux autres demoiselles, elles ont tant d’amis et de connaissances qui les occupent, que je ne pense pas qu’elles prennent grand intérêt à nos démarches.

— Alors tu ne leur rends pas justice ; leurs lettres le prouvent. Elles nous portent toutes deux le plus vif intérêt, et parlent de mon retour avec des expressions d’espérance et de joie.

Ma réponse fut, je l’avoue, quelque peu impertinente ; mais la vérité historique veut que je la rapporte.

— Je le pense bien, Monsieur, répliquai-je ; quelle est la jeune personne qui n’attend pas avec espérance et joie le retour d’un ami qui est possesseur d’une belle fortune ?

— Eh bien ! Hughes, tu ne mérites aucune de ces deux demoiselles et si cela dépend de moi, tu n’auras ni l’une ni l’autre.

— Merci, Monsieur !

— Ceci est plus que ridicule ; c’est impertinent. Je pense, au surplus, qu’aucune des deux ne voudrait de toi, quand même tu t’offrirais demain.

— J’aime à le croire pour elles. Ce serait un singulier témoi-