Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 27, 1847.djvu/38

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gnage contre celle qui accepterait un homme qu’elle connaît à peine, et qu’elle n’a pas vu depuis l’âge de quinze ans.

Mon oncle Ro se mit à rire ; mais je pus voir qu’il était singulièrement contrarié, et comme je l’aimais de tout mon cœur, je changeai de sujet, et je parlai gaiement de notre prochain départ.

— Dis donc, Hughes, s’écria mon oncle, qui avait dans certaines choses quelque chose de juvénile, par la raison, je suppose, qu’il était un vieux garçon, j’ai envie de nous faire inscrire à bord sous de faux noms. Ni Jacob, ni ton domestique ne nous trahiront : d’ailleurs, nous pouvons les renvoyer par la voie de l’Angleterre. Chacun de nous a du bagage à Londres ; ils s’en chargeront et partiront par Liverpool. N’est-ce pas une bonne idée ?

— Excellente, mon oncle, c’est une chose arrangée.

Effectivement, deux jours après, nos domestiques, Jacob le nègre et Hubert le Germain, étaient en route pour l’Angleterre. Mon oncle laissa son appartement libre ; car il assurait que je serais bien aise d’y amener ma future femme pendant un hiver, et nous partîmes pour le Havre dans une espèce d’incognito. Il y avait peu de danger d’être reconnus à bord ; car nous nous étions d’avance assurés qu’aucune de nos connaissances ne se trouvait parmi les passagers. Il y avait une grande ressemblance en famille entre mon oncle et moi, et nous passâmes pour le père et le fils, M. Davidson senior et M. Davidson jeune, de Maryland.

Notre passage ne fut marqué par aucun incident digne d’être raconté. Nous eûmes les alternatives habituelles de beau et de mauvais temps, et la dose habituelle d’ennui. Ce fut cette dernière circonstance peut-être qui fit naître dans le cerveau de mon oncle un nouveau projet qu’il est nécessaire de révéler.

En parcourant de nouveau ses lettres et les journaux, il était arrivé à en conclure que le mouvement anti-rentiste avait plus de gravité encore qu’il ne l’avait d’abord supposé. Un passager de New-York nous avait en outre appris que l’association des tenanciers avait des ramifications bien plus étendues que ne le disait notre correspondance : il paraissait décidément dangereux pour les propriétaires de se montrer sur leurs domaines ; l’outrage, les injures personnelles et même la mort, pouvaient, dans beaucoup de cas, être la conséquence de toute témérité. Il était certain que tout marchait vers une crise qui menaçait d’être sanglante.

Mon oncle Roger et moi, après avoir mûrement réfléchi, nous