Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 6, 1839.djvu/208

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Pendant que Billy Kirby chantait ces vers sonores, Richard battait la mesure avec son fouet sur la crinière de son cheval joignant à ce geste un mouvement de la tête et du corps. À la fin du premier couplet, il accompagna le refrain à demi-voix, comme pour se mettre à l’unisson de la voix du chanteur ; mais, à la fin du second, il le chanta à haute voix, en faisant la partie de basse, addition considérable au bruit, sinon à l’harmonie.

— Bravo ! bravo ! s’écria le shérif en finissant, c’est une excellente chanson, et tu l’as parfaitement chantée ! Où as-tu appris ces couplets ? Il doit y en avoir encore d’autres. Peux-tu m’en donner une copie ?

Billy Kirby, qui était occupé de sa besogne à quelque distance, tourna la tête avec une indifférence vraiment philosophique, et vit la compagnie qui s’avançait vers lui. En s’approchant lui-même, il fit une inclination de tête à chaque individu d’un air affable et de bonne humeur, mais qui sentait grandement l’égalité, car il ne varia son mode de salutation pour personne, et ne porta pas même la main à son bonnet en saluant les deux dames.

— Comment cela va-t-il, shérif ? dit-il à Richard. Y a-t-il des nouvelles aujourd’hui ?

— Pas plus qu’à l’ordinaire, Billy, répondit M. Jones. Mais que veut dire ceci ? Où sont vos quatre chaudières, et vos anges, et vos réfrigérants en fer ? Est-ce avec cette négligence que vous travaillez ? Je vous regardais comme un des meilleurs fabricants de sucre du pays.

— Et je me flatte que vous ne vous trompiez pas, monsieur Jones, répondit Kirby tout en continuant son ouvrage. J’ose dire que je ne le cède à personne pour abattre et fendre du bois, pour faire bouillir le sucre de l’érable, faire cuire des briques, fendre des lattes, faire de la potasse, semer le blé et moissonner la récolte ; quoique, à dire vrai, je m’en tienne, autant que je le puis, à la première besogne, attendu que la hache et la cognée sont les instruments auxquels je suis naturellement accoutumé.

— Vous êtes donc un Jean-fait-tout[1], monsieur Billy ? dit M. Le Quoi ?

— Venez-vous ici pour trafiquer, Monsieur ? lui demanda

  1. Jack of all trades.