Page:Cooper - Œuvres complètes, éd Gosselin, tome 6, 1839.djvu/62

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


sait partager lui-même la distraction générale. En entrant dans l’appartement, il avait machinalement ôté son bonnet et mis au jour des cheveux dont la couleur brillante le disputait même à ceux d’Élisaheth. S’il y avait dans les traits de sa physionomie quelque chose de prévenant, on ne pouvait s’empêcher de reconnaître aussi de la noblesse sur son front, et la manière dont il portait sa tête annonçait un homme pour qui une splendeur qu’on regardait comme sans égale dans ces nouveaux établissements n’offrait rien d’extraordinaire, et qui semblait même la mépriser. La main qui tenait sa toque était légèrement appuyée sur le petit piano monté en ivoire d’Élisabeth, et ses doigts placés sur les touches semblaient habitués à s’y reposer. Cette habitude était évidemment prise par hasard, et elle n’annonçait ni une timidité gauche ni une hardiesse déplacée. Élisabeth n’eut pas plus tôt jeté les yeux sur lui, qu’elle s’écria :

— Mon père, nous oublions l’étranger que nous avons amené ici pour lui faire donner des secours, et qui a droit à notre attention.

Tous les yeux se tournèrent alors du côté du jeune chasseur, qui répondit en levant la tête d’un air de fierté : — Ma blessure n’est qu’une bagatelle, et je crois que M. Temple, en arrivant, a envoyé chercher un chirurgien.

— Oui, certainement, dit Marmaduke ; je n’ai pas oublié la cause de votre arrivée ici, jeune homme, ni la nature de la dette que j’ai contractée envers vous.

— Oh ! oh ! s’écria Richard en se frottant les mains, vous devez donc quelque chose au jeune homme, cousin ’Duke ? C’est sans doute pour le daim que vous avez tué ? Vous nous avez fait une belle histoire de votre prouesse ! — Tenez, jeune homme, je vous donnerai deux dollars pour le daim, et le juge ne peut faire moins que de payer le docteur. — Je ne vous demanderai rien pour mes services, et vous ne vous en trouverez pas moins bien. — Allons, allons, cousin ’Duke, ne soyez pas déconcerté : si vous avez manqué le daim, vous n’avez pas manqué ce pauvre diable ; et pour cette fois vous m’avez battu, car jamais il ne m’est arrivé d’en faire autant.

— Et j’espère que cela ne vous arrivera jamais, répondit M. Temple, s’il doit vous en coûter autant de chagrin et de regret que j’en éprouve. — Mais prenez courage, mon jeune ami ; la