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Page:Corneille, Pierre - Œuvres, Marty-Laveaux, 1862, tome 1.djvu/547

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421
ACTE II, SCÈNE I.

405Mais le moyen de les haïr ?
Ils viennent tous deux de Clarice ;
Ils mon entretiennent tous deux,
Et forment ma crainte et mes vœux[1]
Pour ce bel œil qui les fait naître ;
410Et de deux flots divers mon esprit agité,
Plein de glace, et d’un feu qui n’oseroit paroître,
Blâme sa retenue et sa témérité.

Mon âme, dans cet esclavage,
Fait des vœux qu’elle n’ose offrir ;
415J’aime seulement pour souffrir ;
J’ai trop et trop peu de courage :
Je vois bien que je suis aimé,
Et que l’objet qui m’a charmé
Vit en de pareilles contraintes.
420Mon silence à ses feux fait tant de trahison,
Qu’impertinent captif de mes frivoles craintes,
Pour accroître son mal, je fuis ma guérison.

Elle brûle, et par quelque signe
Que son cœur s’explique avec moi[2],
425Je doute de ce que je voi[3],
Parce que je m’en trouve indigne.
Espoir, adieu ; c’est trop flatté :
Ne crois pas que cette beauté
Daigne avouer de telles flammes[4] ;

  1. Var.Et formant ma crainte et mes vœux.
    [Pour ce bel œil qui les fait naître,]
    De deux contraires flots mon esprit agité. (1648)
  2. Var.Qu’elle me découvre son cœur,
    Je le prends pour un trait moqueur,
    D’autant que je m’en trouve indigne. (1634-57)
  3. Il ne faut pas voir ici une licence poétique destinée à faciliter la rime. Cette orthographe est partout celle de Corneille et de ses contemporains.
  4. Var.Avouât des flammes si basses ;
    Et par le soin exact qu’elle a de les cacher,