Page:Corneille, Pierre - Œuvres, Marty-Laveaux, 1862, tome 2.djvu/536

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522 L’ILLUSION.

Même notre grand Roi, ce foudre de la guerre,
Dont le nom se fait craindre aux deux bouts de la terre,
Le front ceint de lauriers, daigne bien quelquefois
Prêter l’œil et l’oreille au Théâtre-François :
C’est là que le Parnasse étale ses merveilles ;
Les plus rares esprits lui consacrent leurs veilles ;
Et tous ceux qu’Apollon voit d’un meilleur regard
De leurs doctes travaux lui donnent quelque part.
D’ailleurs, si par les biens on prise les personnes,
Le théâtre est un fief dont les rentes sont bonnes ;
Et votre fils rencontre en un métier si doux
Plus d’accommodement qu’il n’eût trouvé chez vous.
Défaites-vous enfin de cette erreur commune,
Et ne vous plaignez plus de sa bonne fortune.


Pridamant.

Je n’ose plus m’en plaindre, et vois trop de combien
Le métier qu’il a pris est meilleur que le mien.
Il est vrai que d’abord mon âme s’est émue :
J’ai cru la comédie au point où je l’ai vue ;
J’en ignorois l’éclat, l’utilité, l’appas,
Et la blâmois ainsi, ne la connoissant pas ;
Mais depuis vos discours, mon cœur plein d’allégresse
A banni cette erreur avecque sa tristesse.
Clindor a trop bien fait.


Alcandre.

xxxxxxxxxxxxxxxxxxx N’en croyez que vos yeux.


Pridamant

Demain, pour ce sujet, j’abandonne ces lieux ;
Je vole vers Paris. Cependant, grand Alcandre,
Quelles grâces ici ne vous dois-je point rendre ?


1. Var. S’il faut par la richesse estimer les personnes. (1639-57)
2. Var. Plus de biens et d'honneur qu’il n’eût trouvé chez vous. (1639-57)
3. Var. A banni cette erreur avecque la tristesse. (1639)
4. Var. Quelles grâces ici ne vous dois-je pas rendre ? (1652-57)