Page:Corneille, Pierre - Œuvres, Marty-Laveaux, 1862, tome 3.djvu/123

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ACTE I, SCÈNE II. 111


Vous souvient-il encor de qui vous êtes fille ?


L’Infante.


Il m’en souvient si bien que j’épandrai mon sang
Avant que je m’abaisse à démentir mon rang.
Je te répondrois bien que dans les belles âmes
Le seul mérite a droit de produire des flammes ;
Et si ma passion cherchoit à s’excuser,
Mille exemples fameux pourroient l’autoriser ;
Mais je n’en veux point suivre où ma gloire s’engage ;
La surprise des sens n’abat point mon courage ;
Et je me dis toujours qu’étant fille de roi,
Tout autre qu’un monarque est indigne de moi.
Quand je vis que mon cœur ne se pouvoit défendre,
Moi-même je donnai ce que je n’osois prendre.
Je mis, au lieu de moi, Chimène en ses liens,
Et j’allumai leurs feux pour éteindre les miens.
Ne t’étonne donc plus si mon âme gênée
Avec impatience attend leur hyménée :
Tu vois que mon repos en dépend aujourd’hui.
Si l’amour vit d’espoir, il périt avec lui :
C’est un feu qui s’éteint, faute de nourriture ;
Et malgré la rigueur de ma triste aventure,
Si Chimène a jamais Rodrigue pour mari,
Mon espérance est morte, et mon esprit guéri.
Je souffre cependant un tourment incroyable :
Jusques à cet hymen Rodrigue m’est aimable ;


Vous souvenez-vous point de qui vous êtes fille (a) ?
L’inf. Oui, oui, je m’en souviens, et j’épandrai mon sang
Plutôt que de rien faire indigne de mon rang. (1637 -56)
1. Var. Si j’ai beaucoup d’amour, j’ai bien plus de courage. (1637-56)
2. Var. Un noble orgueil m’apprend qu’étant fille de roi. (1637, 38, 44 in-12 et 48-56)
Var. Un noble orgueil m’apprend qu’étant fille du Roi. (1639 et 44 in-4°)
3. Var. Si l’amour vit d’espoir, il meurt avecque lui. (1637-56)
4. L’édition de 1637 in-12 porte guari, pour guéri.

(a) Vous souvenez-vous bien de qui vous êtes fille ? (1638 L.)