Page:Corneille, Pierre - Œuvres, Marty-Laveaux, 1862, tome 3.djvu/353

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ACTE IV, SCÈNE VI. 341

Et ce souhait impie, encore qu’impuissant,
Est un monstre qu’il faut étouffer en naissant.


Scène VII.

HORACE, SABINE, PROCULE.



SABINE.

À quoi s’arrête ici ton illustre colère ?
Viens voir mourir ta sœur dans les bras de ton père ;
Viens repaître tes yeux d’un spectacle si doux :
Ou si tu n’es point las de ces généreux coups,
Immole au cher pays des vertueux Horaces
Ce reste malheureux du sang des Curiaces.
Si prodigue du tien, n’épargne pas le leur ;
Joins Sabine à Camille, et ta femme à ta sœur ;
Nos crimes sont pareils, ainsi que nos misères ;
Je soupire comme elle, et déplore mes frères :
Plus coupable en ce point contre tes dures lois,
Qu’elle n’en pleuroit qu’un, et que j’en pleure trois,
Qu’après son châtiment ma faute continue.



HORACE.

Sèche tes pleurs, Sabine, ou les cache à ma vue :
Rends-toi digne du nom de ma chaste moitié,
Et ne m’accable point d’une indigne pitié.
Si l’absolu pouvoir d’une pudique flamme
Ne nous laisse à tous deux qu’un penser et qu’une âme,
C’est à toi d’élever tes sentiments aux miens,
Non à moi de descendre à la honte des tiens.
Je t’aime, et je connois la douleur qui te presse ;
Embrasse ma vertu pour vaincre ta foiblesse,


I. Racine a dit dans Andromaque (acte IV, scène v) : Que peut-on refuser à ces généreux coups ?