Page:Corneille, Pierre - Œuvres, Marty-Laveaux, 1862, tome 3.djvu/356

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344 HORACE.

ACTE V.


Scène première.

Le vieil HORACE, HORACE.



Le vieil HORACE.

Retirons nos regards de cet objet funeste,
Pour admirer ici le jugement céleste :
Quand la gloire nous enfle, il sait bien comme il faut
Confondre notre orgueil qui s’élève trop haut.
Nos plaisirs les plus doux ne vont point sans tristesse ;
Il mêle à nos vertus des marques de foiblesse,
Et rarement accorde à notre ambition
L’entier et pur honneur d’une bonne action.
Je ne plains point Camille : elle étoit criminelle ;
Je me tiens plus à plaindre, et je te plains plus qu’elle :
Moi, d’avoir mis au jour un cœur si peu romain ;
Toi, d’avoir par sa mort déshonoré ta main.
Je ne la trouve point injuste ni trop prompte ;
Mais tu pouvois, mon fils, t’en épargner la honte :
Son crime, quoique énorme et digne du trépas,
Étoit mieux impuni que puni par ton bras.



HORACE.

Disposez de mon sang, les lois vous en font maître ;
J’ai cru devoir le sien aux lieux qui m’ont vu naître.
Si dans vos sentiments mon zèle est criminel,

1. Var. Disposez de mon sort, les lois vous en font maître ;
J’ai cru devoir ce coup aux lieux qui m’ont vu naître.
Si mon zèle au pays vous semble criminel. (1641-56)