Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/130

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cxviir ETUDE SL'R MEDEE

qu'à étouffer l'amour maternel. Ces deux aspects d'un même caractère ont chacun leur grandeur : l'un nous iuspire la terreur, l'autre la pitié. Grand sans doute est le spnctacle de l'être humain, qui, effaré, hors de lui-même, essaye de se ressaisir et se débat contre une puissance supérieure; mas plus émouvant encore est le spectacle de l'âme humaine en lutte contre ses pro- pres passions, qui, peu à peu, l'envahissent et la domptent. Que deviendra pourtant l'émotion, terrible ou attendrie, si le poète ne nous intéresse ni à la fatalité de la destinée ni à la fatalité de la passion. La Médée de Sénèque n'est pas une tragédie, c'est .une féerie tragique, où l'intérêt de curiosité a sa large part, mais d'où l'intérêt humain est absent.

En quoi consiste, en effet, le vrai drame, sinon dans le déve- loppement logique des caractères, dans la peinture graduée des sentiments? Or, dans le drame de Sénèque, dès la première scène du premier acte, la passion de Médée est.arrivée à son paroxysme, et il semble difficile qu'elle puisse s'accroître désormais. Dès le début, elle est furieuse. Comment fera-t-elle pour l'être ou le paraître davantage quand l'exigera la progression des événements? Comment variera-t-elle l'expression d'une rage que, du premier coup, elle a portée à l'extrême? Le monologue qui ouvre la pièce, et qui, avec un chœur, compose à lui seul tout le premier acte, est un modèle de déclamation brillante, qui nous laisse froids; car, jetés si brusquement ia médias res, mis tout à coup en face de cette forcenée dont le poète n'a pas pris soin de préparer, de légitimer, pour ainsi dire, la fureur, nous sommes surpris sans être émus. Que nous font ces invocations à Lucine, au soleil, à Hécate, au chaos, aux mânes, à Pluton et à Proserpine? Ce n'est là qu'un vain cliquetis de mots sonores. Nous comprenons seule- ment qu'il s'agit d'une vengeance, que cette vengeance sera prompte et cruelle. Aucune hésitation, aucun scrupule : cette mère a déjà prononcé l'arrêt de mort de ses enfants :

Parla jam, parla ultio est :

Poperi.

Cela est bref et sec ; on cherche, sans le trouver, un mot qui parte du cœur. En revanche, que de traits inspirés seulement par l'esprit ! 'Visiblement, Médée s'échauffe à froid et s'étourdit de grands mots :

Effera, ignota, horrida,

Tremenda cœlo pariter ac terris mala

Mens intus agitât; vulnera, et caedem, et vagura

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