Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/179

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INTRODUCTION 5

snols laissent le soin de défendre le Cid à un Allemand, Muller. auteur d'un livre sans critique, Der Cid nach den Qusllen (le Cid d'après les sources). Mais d'autres Allemands, MM. Lockhart, Aschbach, Huber, protestent contre l'opinion « déraisonnable » de Muller, qui fait de Rodrigue un person- nage tout à fait historique.

On n'est pas même d'accord sur l'origine de ces noms et surnoms sonores, qu'aux jours de bataille, avec une jactance castillane, Rodrigue jetait à l'ennemi:

Yo soy Ruy Diaz el Cid Campeador de Bibar.

Ruy Diaz est une abréviation de Rodrigo, fils de Diego, Rodericus Bidaci. comme disent les chroniques latines, et le vieux Diego est maître du château -fort de Bibar ou Bivar. On sait aussi que Cid est le Sid, Sidi des Arabes, qu^i disent encore Seid pour dire « seigneur », et que Rodrigue fut salué de ce titre par les rois maures qu'il avait vaincus. Il se l'appro- pria si bien qu'il s'appelle lui-même souvent Mio Cid, mon Cid ; c'est ainsi que le désignent d'ordinaire, dans leurs récits, les chroniqueurs ei les poètes. Mais d'oîi vient cet autre titre magnifique : Campeador? Il parait peu probable qu'il vienne, comme on l'a soutenu parfois, du verbe campar, sur- passer. En général, on admet plutôt, avec Sainte-Beuve, que le campeador, c'est l'homme des combats singuliers. Campus aurait, en ce cas, le sens de champ-clos, qu'il a eu en effet autrefois : on disait, dans l'ancien français, le camp, ou le camp-clos. Les chansons latines disent couramment Campi- doclor ou Campi-doctiis. D'autre part, si l'on donne à campus son sens habituel, campeador signifiera l'homme qui tient la campagne. Dans une chronique arabe, citée par M. Philarète Chasles, on lit: « Tu t'appelles El Kambithour, le teneur de la campagne, et te voilà perché là-haut, sans que l'on puisse arriver jusqu'à toi. Descends donc dans la plaine pour ne pas mentir a ton nom. »

Les obscurités, les contradictions même suffisent-elles à nous convaincre que tout est fiction dans l'histoire épique du Cid? Elles donneraient à supposer tout au plus que ces sou- venirs confus d'exploits réels ont été altérés, élargis, transfi- gurés par ces poètes inconscients, anonymes, qui sortent des foules, s'inspirent d'elles et chantent pour elles, médiocres historiens, mais excellents interprètes de l'âme populaire, altérée d'idéal. Quelques-uns de ces poètes ont chanté assez peu de temps après la mort de leur héros, à une époque

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