Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/193

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INTRODUCTION !9

et d'audace^ Rodrigue dit ces paroles : « Lâchez-moi, mon père, dans cette mauvaise heure, làchez-moi dans cette heure mauvaise, car, si vous n'édez mon père, il n'y aurait paî entre nous une satisfaction en paroles. Loin de là : avec cett( même main je vous déchirerais les entrailles, en faisant péné trerle doigt en guise de poignard ou de dague.» Le vieillard pleurant de joie, dit : « Fils de mon àme,ta colère me calme, et ton indignation me plaît. Cette résolution, mon Rodrigue, montre-la à la vengeance de mon honneur, lequel est perdu s'il ne se recouvre par toi. »

La scène de la provocation n'est pas d'une allure moins farouche. Rodrigue vient chercher, dit-il, la tête de l'offen- seur, qu'il a promise à son père : « Souriant de mépris, le comte répond : « Retire-toi, enfant, si tu ne veux que je te fasse fouetter comme un petit page ». Mais le bon Cid le frappe au visage, et lui crie, enflammé de colère : « La raison, aidée de la noblesse, vaut mieux que dix amis ». El les coups de son épée furent si rapides, si fiers, si irrémédiables, qu'en un moment il sépara la tête du corps de son ennemi. Puis, il la prend par les cheveux, la présente à son père, et lui dit : « Celui qui vous a si mal traité pendant sa vie, le voici qui est votre esclave ».

Cette tête ensanglantée lient une grande place dans la légende épique, encore assez rude. Une romance nous montre le vieux don Diègue tristement assis devant sa table, sans toucher aux mets qui la couvrent, tout entier à la pensée de son déshonneur. Devant lui parait soudain Rodrigue, qui le réveille comme d'un songe en lui montrant la tête du comte encore ruisselante de sang : « Ouvrez les yeux, mon père, et relevez la tête : car la tache de votre honneur est effacée ». La joie du vieillard éclate, mais, avec sa joie, sa colère : « Infâme comte Lozano, le ciel m'a donc vengé de toi . Sieds-toi à table, mon fils, à ma place, au plus haut bout, car celui qui m'apporte une telle tête mérite d'être à la tête de ma maison. »

L'amant et le mari. — Dans le Romancero, Rodrigue n'aime pas Chimène, ou, du moins, ne l'aime pas avant de se voir contraint à tuer son père. Une romance dit bien : « Les anciennes inimitiés s'apaisèrent dans l'amour, car où préside l'amour, bien des injures s'oublient ». Mais elle semble pos- térieure aux autres et peut-être introduite après coup dans le recueil. Etait-il épris de Chimène, celui dont Chimène se plaint en ces termes : « Chaque jour qui luit, je vois celui qui tua mon père, chevalier à cheval, et tenant en sa main un épervier, ou parfois un faucon, qu'il emporte pour

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