Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/27

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ETUDE D'ENSEMBLE xiii

les dédicaces que Louis XIII, qui hésitait, dit-on, à accepter celle de Polyeucte, et mourut juste à temps pour laisser à la reine régente ce coûteux honneur. Anne d'Autriche y avait, d'ailleurs, un double droit, et par l'ardeur de sa piété, et par sa passion tout espagnole pour le théâtre. Cette passion, le successeur de Richelieu, Giulio Mazarini, la partageait, mais ne la manifestait guère au dehors que par les splendeurs dont la scène du Palais- Mazarin étalait le spectacle. Corneille essaya pourtant de se le concilier, et y réussit à moitié, s'il est vrai, comme l'assure Naudé, que le cardinal lui fit un présent de cent pistoles. Kn tête de l'édition originale de Pompée, on lit, après la dédicace à Mazarin, un Remerciement en vers à Son Eminence i, pré- cédé d'un court avis au lecteur : « Ayant dédié ce poëme à M^' le cardinal Mazarin, j'ai cru à propos de joindre à l'épitre le Remerciement que je présentai, il y a trois mois, à Son Emi- nence, pour une libéralité dont elle me surprit. » Il semble donc que le présent ait été tout spontané, et ne soit pas le payement obligé de la dédicace; peut-être en était-ce le payement anti- cipé. En tout cas, on aura remarqué que le poète ne cherche pas à dissimuler sa surprise de cette libéralité inattendue : dans le Remerciement, il se déclarera aussi « surpris d'un bienfait » qui a devancé même son espérance. Les bienfaits de Richelieu étaient moins rares; seulement, on les payait cher. Corneille ne les a-t-il jamais regrettés?

Si l'on en croit une tradition suspecte, l'ingratitude de Cor- neille aurait été moins pardonnable encore, car c'est à Richelieu qu'il devait son bonheur domestique. Voici le récit du neveu de Corneille, Fontenelle : « M. Corneille, encore fort jeune, se pré- senta un jour plus triste et plus rêveur qu'à l'ordinaire devant le cardinal de Richelieu, qui lui demanda s'il travaillait: il répondit qu'il était bien éloigné de la tranquillité nécessaire pour la com- position, et qu'il avait la tête renversée par l'amour. Il en fallut venir à un plus grand éclaircissement, et il dit au cardinal qu'il aimait passionnément une fille du lieutenant-général d'Andelys, en Normandie, et qu'il ne pouvait l'obtenir de son père. Le car- dinal voulut que ce père si difficile vint à Paris; il y arriva tout tremblant d'un ordre si imprévu, et s'en retourna, bien content

��1. Voyez ce Remerciement dans notre édition de Pompée,

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