Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/295

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INTRODUCTION 111

Il faut résolument que j'épouse Cbimène.

Aux princes comme moi ce qui plaît est permis.

Le croirait-on? C'est Rodrigue lui-même qu'il supplie de le servir prés de celle qu'ils aiment tous deux, et Rodrigue accepte -ce rôle avec une étrange facilité :

Si j'ai beaucoup d'amour, j'ai bien plus de respect.

Ici, Chimène se redresse, indignée de ce marché honteux, qu'elle rougirait de subir.

Sire, Rodrigue est libre; il peut m'abandonner...

— Bien, Madame, mes soins ne vous ennuieront plus.

Que dire de ce roitelet qui tantôt s'avilit, tantôt s'emporte, grand enfant qui change de résolulion à toute heure, se promet d'oublier Chimène, et presque aussitôt envoie Rodrigue près d'elle :

Rodrigue, rends Chimène à mes vœux moins contraire : Va fondre les glaçons qu'elle a dedans le sein.

Mais que dire surtout de ce héros dégénéré, indigne « serviteur » de Chimène, qui se confond en explications piteuses, proteste que, s'il l'abandonne, c'est par un excès d'amour, pour l'élever au trône, et ne sait que gémir, en des monologues lyriques, pâles copies des stances du Cid :

Si j'écoute l'amour, je m'acquiers une haine,

Et si je sers mon prince, il faut perdre ma reine...

Pour être généreux faire une lâcheté.

Et pour être fidèle une infîd'lité..

Donne à ton roi ta vie, et ton cœur à Chimène,

Et tu contenteras le devoir et l'amour.

La situation est inextricable, et ne peut plus se dénoue» par de beaux coups d'épée, comme dans le Cid. Il faut que don Sanche et Sphérante se dévouent pour improviser un dénouement : don Sanche a rendu la raison à Chérille furieuse, et Chériffe est reconnaissante ; l'amant malheureux

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