Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/359

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ACTE I, SCÈiNE VI 185

L'un m'anime le cœur, l'autre retient mon bras. Réduit au triste choix, ou de trahir ma flamme, 30S

Ou de vivre en infâme, Des deux côtés mon mal est infini.

Dieu, l'étrange peine! Faut-il laisser un aflfront impuni? Faut-il punir le père de Chimène? 310

Père, maîtresse, honneur, amour. Noble et dure contrainte, aimable tyrannie, Tous mes plaisirs sont morts, ou ma gloire ternie : L'un me rend malheureux, l'autre indigne d* jour. Cher et cruel espoir d'une âme généreuse, 315

Mais ensemble amoureuse. Digne ennemi de mon plus grand bonheur,

Fer, qui causes ma peine. M'es-tu donné pour venger mon honneur? M'es-tu donné pour perdre ma Chimène? 320

Il vaut mieux courir au trépas.

Cinna; par suite, t'intéresser contre, c'est prendre des sentiments contraires h quelque chose ou à quelqu'un. « Voltaire, dit M. Littré, a critiqué oette locution ; mais elle est claire et grammaticale. » M. Littré cite un autre exemple de Cor- neille.

Qn'ai-je fait, que le ciel contre moi $'inlére$$e

Jusqu'à faire descendre en terre une déesse? {Toison d'or, V, 6.)

304. Var. L'an échauffe mon cœur, 1 autre retient mon bras. (1C37-B5.)

Le ton de cette seconde strophe doit être plus douloureux et plaintif : Rodri- gue, d'abord hors de lai, s'est ressaisi bientôt, a envisagé en face la réalité terrible ; il a opposé l'amour au devoir, et c'est l'amour qui parle maintenant.

312. Var. Illustre tyrannie, ailorable contrainte.

Par qui de ma mison la lamière est éteinte,

A mon aveuglement rendez un peu de jour. (1637 in *• et 44 in 12.)

Var. Impitoyable loi, cruelle tyrannie. (1637 in-12, 38 et U in-to.)

313. Lui aussi, comme Chimène, parle de sa gloire, c'est-à-dire de son honneur, car il s'agit précisément pour lui d'accomplir le premier de ses exploits glorieui.

316. Ensemble, en même temps :

Ensuite, il fait ôter ce présent de ses yenx,

Lève les mains ensemble et les regards aux cieux. {Pompée, 6W.)

Pnisse-t-elle être on gaie, envers votre moitié.

De voire amonr ensemble et de mon amitié ! {Rodogune, IBM.)

817. Var. Noble ennemi de mon pins grand bonhenr. (1637-48.)

318. Var. Qni fais tonte ma peine. (1637-66.)

321. A Ja douleur plaintive succède la résignation apparente ; il semble qu'après »voir hésité entre l'amour et le devoir, desespérant de satisf;iire à l'un et à l'autre, et ne pouvant sacrifier l'un des deux, Rodrigue prenne la résulution d«  mourir pour sortir de peine: mais on sent que cette résolution ne tiendra pas, •t le devoir, en effet, reprendra la parole à la stroofae suivante.

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