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ACTE III, SCÈNE I 093

Se peut pour mon supplice avoir trop de colère; Et j évite cent morts qui me vont accabler, Si pour mourir plus tôt je puis la redoubler.

KLVIRE.

3himène est au palais de pleurs toute baignée, 765

Et n'en reviendra point que bien accompagnée.

Rodrigue, fuis, de grâce, ôle-moi de souci.

Que ne dira-t-on point si l'on te voit ici?

Veux-tu qu'un médisant, pour comble à sa misère,

L'accuse d'y souflfrir l'assassin de son père? "770

Elle va revenir; elle vient, je la voi :

Du moins pour son honneur, RodriKue, cache-toi.

parlait la galanterie contemporaine et dont Corneille se souvient trop. « Elle est son cher objet », dit Ptolomée de Cléopâtre et de César. (Pompée, 655.) Sévère appelle Pauline : u trop vertueux objet. » [Polyeucte, 571.)

762. « On n'a point de colère pour un supplice ; c'est un barbarisme. » (Voltaire.) Le même Voltaire écrit pourtant, à propos du vers 1017 de Cinna : « En poésie, coZére peut signifier indignation, ressentiment, souvenir des injures, désir de vengeance. • Or, coiére est pris ici dans ce sens très clair : Chimène ne peut avoir un trop ardent désir de me punir.

763. Var. Et d'un hear sans pareil je me verrai combler,

Si ponr mourir plus tôt je la puis redoubler. (1637-56.)

>i L'idée d'éviter tant de morts ne doit pas se présenter à un homme qui la cherche. » (Voltaire.) Pourquoi Corneille s'est-il corrigé? Le premier texte, on le voit, est beaucoup plus simple et plus clair. Serait-ce pour faire disparaître re mot A'heur pour bonheur, mot commode, tombé en désuétude à l'époque de Li Bruyère qui le regrettait? Mais il n'a jamais «^essé de se servir sans scrupule lie ce mot, qu'on retrouvera aux vers 988 et 1035.

764. La se rapporte à colère; tout ce passage est écrit dans une langue riiédiorre et confuse.

766. N'en reviendra point que, n'en reviendra point sans être bien accom- [I Ignée. Vaugelas et Ménage critiquent cette tournure, forme de négation parti- ■ ulièrement énergique, que Corneille n'abandonna point :

Vous n'avez point ici d'ennemi que vons-mèrae. {Polyeucte, 1667.)

On ne moitera point aa rang dont je dévale

Qu'en éponsaot ma haine au lieu de ma rivale. {Rodogune, 499.)

•• Kien ne l'afflige tant dans ses plaies que lorsqu'il voit qu'il n'en reçoit point lie par auteurs de sacrilèges. » (Bossuet, 4" sermon pour le Vendredi- Saint.) — . On n'a point assez clairement connu la difTérent-e de l'esprit et du corps que le|iui- quelque-^ années. » (Maiebranche, Recherche de la vérité. Préface.)

767. Oter de est souvent employé par Corneille pour tirer de :

Souffrez que j'aille ôter mon maître de souci. (Galerie, 1088.)

Il m'ôte det périls que j'aurais pu courir. (Polyeucte, 1S36.)

769. Var. Venx-tu qu'un médisant l'accuse en sa misère

D'avoir reija chez soi l'assassin de son père? (1637-66.)

771 . Voi, sans s, pour vois, comme au vers 851 . Cette suppression de s finale à t première personne du présent de l'indicatif dans les verbes de la 3* ou de • conjjgaison est familière, non seulement i Corneille, mais à tous ses cou- le uporains, «t, en particulier à Rotrou.

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