Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/408

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234 LE GID

Jusqu'au dernier soupir je veux bien le redire :

Je t'ai fait une offense, et j'ai dû m'y porter 895

Pour effacer ma honte, et pour te mériter ;

Mais quitte envers l'honneur, et quitte envers mon père,

C'est maintenant à toi que je viens satisfaire :

C'est pour t' offrir mon sang qu'en ce lieu tu me vois.

J'ai fait ce que j'ai dû, je fais ce que je dois. 900

Je sais qu'un père mort t'arme contre mon crime ;

Je ne t'ai pas voulu dérober ta victime :

Immole avec courage au sang qu'il a perdu

Celui qui met sa gloire à l'avoir répandu.

CHIMÈNE.

Ah ! Rodrigue, il est vrai, quoique ton ennemie, 905

Je ne puis te blâmer d'avoir fui l'infamie;

Et de quelque façon qu'éclatent mes douleurs.

Je ne t'accuse point, je pleure mes malheurs.

Je sais ce que l'honneur, après un tel outrage,

Demandait à l'ardeur d'un généreux courage; 910

Tu n'as fait le devoir que d'un homme de bien ;

Mais aussi, le faisant, tu m'as appris le mien.

•es Sentiments sur le Cid, a elle-même emplojré la tournure qu'elle condamne. (M. Marty-lAveaux.)

894. Ces deux mots soupire et soupir et ces désinences sont encore plu» répréhensibles que les vers anciens. » (Voltaire.)

898. Satisfaire à, donner satisfaction à, locution qui s'appliquait même aux choses :

Il fant bien latitfaire ata fenz dont toos brûlez. {Cinna, 1660.)

906. « Fui est de deux syllabes. » (Académie.) On a déjà vu que Corneille avait maintenu contre l'Académie la quantité de meurtrier (trois syllabes) ; il maintint de même contre eUe celle de fui (une syllabe), et c'est la seule quantité admise aujourd'hui.

Var. Je ne te pais biftmer d'avoir fui l'infamie. (1637-44, in 4° et 48-66.)

908. C'est là ce qui donnera à toute cette scène un caractère si touchant ; point de récriminations vaines, d'accusations injustes ; ils se rendent justice l'un à l'autre, se savent innocents des malheurs qui les frappent, et se bornent à se plaindre.

911. «0 bonnes mœurs I » s'écrie à cet endroit Scudéry indigné. Le malheu- reux ne sent pas à quelle hauteur Corneille nous enlève au-dessus des misé- rables questions de convenances. Deux caractères sont aux prises, et se com- prennent. Tant pis pour qui ne les comprend pas ! — Tu n'as fait le devoir que, pour : tu n'as fait que le devoir ; on a déjà vu que dans un sens ana- logue.

912. Ces deux vers résument les deux premiers actes : Rodrigue a fait son devoir au premier; Cbimène, au second, va faire le sien. La Médée de U Jomoii ior dir« de même à Jason :

Je ferai mon devoir comme tn fais le tien ; L'honnear doit m'ètre cber, si ta gloire t'est cher* Je M trabind (•• bmb pftjt ai nos père. (11, S.)

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