Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/43

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ÉTUDE D'ENSF:MBLE XXIX

de comprendre; peut-être, cette fois, trouva-t-il excessives les hardiesses d'un aventurier qui le prend de si haut avec les grands. Ce n'est qu'une hypothèse, mais on n'en voit point qui soit plus plausible : car, pour le caractère romanesque de l'ac- tion et la hauteur castillane du héros, ils n'étaient point faits pour inquiéter le frère de M™8 de Longueville, le capitaine im- pétueux qui prenait plaisir à insulter Mazarin.

En revanche, Condé dut se reconnaître dans Nicomède (1651) : cette vaillance téméraire d'un jeune conquérant, ces généreux emportements, cette fierté dédaigneuse, cette intrépidité d'ironie et cette raillerie élevée au tragique, nul mieux que lui n'en devait être touché, car il les retrouvait en lui. Ce duel entre un prince altier et un diplomate retors, devant qui s'humilie la royauté, il venait de se terminer par la défaite du prince, il est vrai; mais il allait recommencer bientôt, car les illustres prisonniers venaient d'être rendus à la liberté. Ou conçoit dans quelles dispositions d'esprit dut être écouté ce drame « d'une constitution assez extraordinaire » pour lequel Corneille avoue son penchant secret : '< Ce ne sont pas les moindres vers qui soient partis de ma main... Je ne veux pas dissimuler que cette pièce est une de celles pour qui j'ai le plus d'amitié'. » La postérité lui a donné raison, et dans la mémoire des admirateurs de Corneille, Nico- mède, moins fantaisiste, mais aussi hardi que Don Sanche, garde une place privilégiée.

Malgré les apparences, PeW/ia7-i^e (1632) n'est point si différenV par l'esprit, de Nicomède, qui, pour l'exécution, est très supérieur Qu'est-ce, en somme, que Pertharite, sinon un mélange assez malheureux de Nicomède et de Don Sanche, de l'histoire et du roman, une nouvelle tentative pour introduire l'histoire moderne sur la scène française, accaparée trop longtemps par l'histoire ancienne? A ne regarder que le fond des choses, Pertharite n'est point sans valeur, et il est probable que Racine s'en est souvenu dans son Andromaque^. Mais la forme est souvent médiocre, et les noms bizarres de Garibalde, Grimoald, Rodelinde, Edûige, dé paysèrent sans doute des spectateurs habitués à considérer comme barbare tout ce qui rappelait l'invasion des barbares, ou même le moyen âge. Il n'esi pas besoin, pour expliquer cet

1. Examen de Nicomède.

S Voyez l'étude sur Pertharite,

b.

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