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XLVi BIOGRAPHIE DE CORNEILLE

l'antiquité... J'ai cru, jusques ici, que l'amour était une passion trop chargée de faiblpi«.«e pour être la dominante dans une pièce héroïque ; j'aime qu'elle y serve d'ornement, et non pas de corps, et que le* jjrandes âmes ne la laissent agir qu'autant qu'elle est compatible avec de plus nobles impressions. Nos doucereux et nos enjoués sont de contraire avis». » Ainsi, mal compris du plus grand nombre, il s'obstinait plus que jamais dans un système de jour en jour plus étroit, dans une forme de drame de jour en jour plus abstraite, où il s'efforçait de faire sa part à la passion (comme si la passion pouvait être réglementée!) et de faire prédominer la raison, unique souveraine des « grandes âmes ». Pourlaut, n'était-il pas un doucereux lui-même, lorsqu'il faisait Othon amoureux de Plautine? Mais jamais il ne sut trouver un juste tempérament entre la politique et l'amour, entre l'idée et le sentiment. Et, l'année même d'Othon, Racine débutait au théâtre !

Sa renommée pourtant restait intacte, et il n'avait pas encore de rival sérieux. En 1660, il publiait une édition de ses œuvres, rare exemple d'honnêteté littéraire, où l'auteur de tant de chefs- d'œuvre se montre docile aux critiques, descend dans les moindres détails de la grammaire, et corrige ou rajeunit une langue tragique qui a vieilli déjà. Quand, en 1662, Colbert fit dresser par Costar et Chapelain, les listes des savants et des lettrés qui méritaient les faveurs du roi, le nom de Corneille y figurait parmi les premiers, avec cette simple et suffisante indi- cation, dans la première liste : « Coropille. — Le premier poète du monde pour le théâtre. » Vraiment, pour Costar, ce sous- Voiture, ce n'est pas trop mal jugé.

La li:*te de Chapelain contenait cette notice plus détaillée : « Corneille (Pierre), est un prodige d'esprit, et l'ornement du théâtre français. Il a de la doctrine et du sens, lequel parait néanmoins plus dans le détail de ses pièces que dans le gros, où très souvent le dessein est faux, à les faire tomber parmi les plus communes, si ce défaut d'art général n'était récompensé amplement par l'excellence du particulier, qui ne saurait être plus exquis dans l'exécution dfs parties. Hors du théâtre, on ne sait s'il réussirait en prose et en vers; car il a peu d'expérience du monde et ne voit guère rien hors de son métier. » Chapelain

1. Lettre à Saint-Évreraond, 1660.

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