Page:Corneille Théâtre Hémon tome1.djvu/78

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Lxiv BIOGRAPHIE DE CORNEILLE

a peiut les hommes tels qu'ils devraient être; nous avons une école aujourd'hui qui se plaît à les représenter pires qu'ils ne sont. Si elle pense que cette forme grossière de l'art est la seule qui soit compatible avec une société démocratique, je lui rappellerai que le premier en date de tous les romans réalistes, celui de Pétrone, a été fait pour amuser la cour d'un despote. » Enfin M. Sully-Prudhomme, autre représentant de l'Académie (section des poètes), adressait cette éloquente apostrophe au poète qu'il était si bien fait pour comprendre :

Quand, fouillant le passé, ton génie en ramène

Des traits d'honneur fameux que tes beaux vers font tiens.

Tu sais communiquer ta vieille âme romaine

Par la voix d'un Horace à tes concitoyens !

Tu nous rends généreux par l'exemple d'Auguste, Quand du ressentiment le sublime abandon Ose trahir en lui la sévérité juste Pour nous faire admirer la beauté du pardon !

Polyeucte on un chant magnifique et suave Nous promet un royaume où la paix peut fleurir. Et témoigne en tombant, devant les dieux qu'il brave, Que le Dieu qu'il révère enseigne à bien mourir!

tragédie ! appel profond de l'âme à l'âme Par les plus grands soupirs arrachés aux héros, Qui rend des passions la louange et le blâme Vivants au fond de nous par de poignants échos !

Art sobre de parure, à la fois économe Du lieu, du temps où gronde et frémit l'action. Plus jaloux d'évoquer l'éternel fond de l'homme Que de flatter des yeux la frêle illusion I

Corneille, dans tes vers résonne impérieuse La formidable voix que cet art prête aux morts, Et la frivolité d'une race rieuse Y sent comme uu reproche éveillant un remords.

Ses jeux lui semblent vains sous ta parole grave. Ses querelles, hélas! méprisables aussi; A ses commun- élans que la discorde entrave Tu rouvres l'idéal comme un ciel éclairci !

Quand de tes vers vibrants la salle entière tremble. Les hommes ennemis, pareillement émus, Frères par le frisson du beau qui les rassemble, Pleurant les mêmes pleurs, ne se haïssent plus!

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