Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome I, 1926.djvu/103

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
85
empires de l’ouest : perse

Dans leurs doctrines on trouve, avec plus de surprise encore, la formule moderne — ou qui se croit telle — de « l’anarchisme scientifique » et les germes de la théorie du « surhomme » chère à Nietzche.

Aux Arabes avaient succédé les Turcs ; aux Turcs succédèrent les Mongols. En 1220 ils se ruèrent sur l’Iran oriental sous l’impulsion du plus grand égorgeur que le monde ait produit, Gengis Khan. Dès lors, ce ne furent que massacres et destruction. Les campagnes de Bactriane et du Khorassan furent conduites avec cette sauvagerie mathématique qui était la « manière » du chef ; villes rasées, mise à mort de tous les habitants malgré la parole donnée, emploi des prisonniers devant les troupes d’assaut… toutes mesures dignes du sinistre personnage qui, au moment de mourir osa prescrire d’immoler sur sa tombe toute la population de la ville qu’il était en train d’assiéger : ce qui fut fait. Heureusement lorsque la Perse orientale eût été dûment saccagée par ses soldats, le reste du royaume demeura oublié de lui. Trente ans se passèrent dans l’anarchie gouvernementale. Après quoi Houlagou, petit-fils de Gengis Khan ayant pris, pillé et ensanglanté Bagdad (1258), se proclama roi de Perse. Il s’appuya sur les chrétiens. Car ces bourreaux dans leur ferveur contre l’Islam s’appuyaient volontiers sur les chrétiens. Ils eussent agi à l’inverse si l’intérêt du moment les y avait engagés. Il est remarquable combien chez tous les nomades de l’Asie centrale prévaut l’indifférence religieuse, du moins l’indifférence à l’égard des formes du culte. Ce qui explique, sans leur en faire un mérite, qu’ils aient parfois fait montre d’une sage tolérance. En Perse ils en manquèrent. Mais telle était la force du « zoroastrisme chiite » que, malgré les persécutions, la religion nationale l’emporta. Parmi les successeurs d’Houlagou, plusieurs même s’y convertirent.

Le crépuscule de la dynastie mongole fut encore plus prompt que celui de la dynastie turque. Dès 1334 l’autorité souveraine n’existait plus que de nom. Mais, une fois encore, des groupements sauveurs surgirent ; des principautés autonomes se formèrent au Khorassan, à Chiraz, à Ispahan. La Perse renaissait toujours manifestant, comme le remarque Renan, l’obstinée persistance du génie arya à travers les plus tristes aventures. Soudain un nouveau cataclysme s’abattit sur elle. Tamerlan maître d’Hérat (1381) s’empara de Bagdad, de Chiraz, d’Ispahan. À son entrée dans cette dernière ville, il abattit 70,000 têtes pour en faire des pyramides au pied des remparts. Sa férocité du moins ne s’exerçait pas à froid et systématiquement comme celle de son devancier.