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certaine. Togroul Beg comme tous les Turcs et la plupart des barbares du centre de l’Asie n’avait point de préjugés en matière de culte. Les siens avaient d’abord été nestoriens ; ils s’étaient fait musulmans pour s’introduire plus aisément au milieu des populations islamisées. Il s’inclina donc devant le calife qui le couronna roi. C’était la séparation des deux pouvoirs, royal et pontifical.

Togroul Beg ayant achevé le cycle de son étonnante carrière eût pour successeur son fils Alp Arslan (1063-1072). Celui-là était déjà « paladin » et cherchait à s’iraniser. Le troisième souverain de la lignée, Mélik Shah (1072-1092) le fut tout à fait. Il régna à Ispahan et prit un perse pour vizir. Son plus grand souci fut de fermer l’Iran aux hordes congénères que le succès de l’aventure seldjoucide attirait et surexcitait. Cela ne l’empêcha pas toutefois de se lancer à l’assaut de la Syrie qu’il ravit un moment aux Grecs — et même de l’Égypte qu’il prétendait enlever aux Fatimites. Toujours le vieux rêve achéménide fortifié par l’épopée d’Alexandre mais devenu moins que jamais réalisable. L’empire de Mélik Shah fut partagé à sa mort. Son fils régna en Perse, son frère en Syrie. L’Anatolie était déjà aux mains d’une branche collatérale qui sut s’y maintenir durant deux siècles.

La pensée persane brillait alors d’un vif éclat. C’était le temps de Firdousi, le poète épique, auteur du Livre des rois, d’Omar Khayan, le « doux épicurien », de Saadi enfin le plus parfait des écrivains persans. En philosophie, au rationaliste Avicenne s’opposait Gazali le mystique qui n’espérait qu’en la foi pour « soulever l’homme ». La science n’était pas délaissée et l’observatoire de Nichapour, capitale du Khorassan passait pour le plus grand foyer d’études astronomiques de tout l’orient. D’autre part le vieux levain communiste qui s’était révélé à diverses reprises au fond de l’âme iranienne provoquait de l’agitation sociale. Sous les Sassanides, on avait vu Mazdak partisan du partage des biens, gagner à ses idées le roi Kobad et celui-ci, en voulant les appliquer, manquer d’affamer ses sujets dont la rebellion avait mis fin à l’aventure. Au viiime siècle, un autre communiste, Zendik, avait provoqué une similaire effervescence. Puis au ixme, ç’avait été la jacquerie des Karmates qui voulaient abolir la propriété. Maintenant apparaissait la fameuse « secte des assassins » dont les croisés désignèrent plus tard le chef sous le sobriquet de « vieux de la montagne ». Assassins en effet, fanatisés par le hatchich, en proie au dévergondage cérébral le plus intense, on a peine à comprendre que ces hommes aient pu terroriser autour d’eux gouvernants et gouvernés pendant plus de deux cents ans.