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empires de l’est : chine

initiales, Ming Houang voulut une cour éblouissante. Trop de fêtes, trop de spectacles, trop de luxe dans les jardins de Singanfou, sa capitale, la ville aux rivières « à la surface nacrée ». Et quand sur le tard, surpris par des désastres inopinés et la menace renaissante d’invasions fougueuses, il voulut assembler ses armées et redresser la fortune, il s’aperçut qu’autour de lui les caractères s’étaient émoussés et que les énergies défaillaient. Le sensualisme avait engendré un épicuréisme pénétré de lassitude et d’abandon. « L’univers ?… une grande hôtellerie, s’écrie le poète. Toutes choses sont de passage chez cet aubergiste qui a nom le Temps ». Et pour s’en consoler, il interroge la nature. « Est-ce le matin ? Est-ce le soir ? Qu’importe, répond l’oiseau. C’est le printemps. Jouis de la vie qui passe. Qu’importe, répond le fleuve. C’est le printemps. Bois, chante et oublie. »

Non, ce n’était plus le printemps. Le printemps chinois était passé. Après Ming Houang la situation ne cessa d’empirer. En 875 une jacquerie terrible éclata. Sous la conduite d’un chef de hasard les paysans révoltés pillèrent Loyang et Singanfou. L’empire morcelé en sept royaumes ne pouvait plus se défendre. Une horde turque, les Khitaï, s’était établie en Mandchourie ; elle devait plus tard se transporter dans le Turkestan[1]. Les Khitaï occupèrent le nord et fixèrent à Pékin, bourgade jusqu’alors sans importance, le centre de leur pouvoir. Après cinquante ans d’une anarchie complète ce fut l’armée qui, à l’instar des légions romaines, créa un empereur en décernant ce titre à un général populaire. Le choix était bon et la dynastie des Sung devait se maintenir trois siècles (960-1280) mais sur une Chine diminuée matériellement et moralement.

Il y avait longtemps qu’une réaction confucianiste se préparait, justifiée par les excès du cléricalisme bouddhiste et surtout par la fâcheuse évolution qui tendait à faire de cette religion à base élevée un assortiment de superstitions assez vulgaires. Ce qui constituait dans le bouddhisme un véritable danger au point de vue national, c’était à coup sûr son double caractère individualiste et pessimiste. Malheureusement la réaction se dessina sous un angle moins philosophique et c’est pourquoi le

  1. Rien ne souligne mieux le caractère de ces allées et venues de tribus en général peu nombreuses et peu susceptibles de modifier profondément la région momentanément soumise à l’autorité de leurs guerriers.