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histoire universelle

Cassiodore le jeune s’ingéniait à organiser ces possessions. Il multipliait instructions et règlements. Il recommandait aux administrateurs de sans cesse « opposer la justice des Goths à la perversité des autres nations » et enjoignait aux administrés que « leurs procès se décident par des plaidoiries et non par les armes. » C’est naturellement sur l’Italie que portait son effort principal. Il cherchait à flatter les Romains. Il engageait le maître à reprendre peu à peu les traditions impériales : distributions de blé, jeux du cirque, entretien et restauration des monuments Mais Théodoric, économe de ses deniers pour tout ce qui ne touchait pas à la guerre, entendait s’en tirer à bon compte. Il dissimulait sous la munificence du langage la mesquinerie de la réalité. Rien de comique comme le ton dithyrambique sur lequel il parle des temples et des statues de Rome en de longs préambules à des décrets par lesquels il décide de placer quelques barres de fer sous leurs voûtes chancelantes ou un peu de plâtre le long de leurs socles ébréchés.

Les succès de Clovis inquiétaient la cour de Ravenne. Cassiodore envoya au dehors une série de pompeuses ambassades derrière lesquelles se nouaient d’actives et secrètes négociations. Tandis que les envoyés officiels de Théodoric n’ayant à la bouche que les mots de justice et de concorde, cherchaient d’une part à prévenir les méfiances de l’empereur, de l’autre à calmer les ambitions franques, ses émissaires pénétraient en Germanie tâchant d’inciter les chefs germains à prendre les Francs à revers pour dégager les Burgundes et les Wisigoths menacés par eux. Mais par la rapidité de son action, Clovis déjoua les calculs. Rejetant les Wisigoths en Espagne, il s’était emparé de l’Aquitaine avant qu’aucune intervention ait pu se produire. Théodoric ne réussit qu’à libérer Arles assiégée par les Francs ; ceux-ci subirent un grand désastre et perdirent, dit-on, jusqu’à trente mille des leurs. Le vainqueur se contenta de garder la Provence et renonça à tenter la conquête de l’Aquitaine. Les circonstances lui commandaient la méfiance. En effet l’arianisme ne trouvait plus guère d’appui à Byzance et, momentanément réunis par la communauté de foi, l’empereur, la pape et le roi des Francs ne seraient-ils pas tentés d’enfermer Théodoric dans un dangereux triangle ? Celui-ci manifesta donc des intentions pacifiques mais, en même temps, il accrut ses armements. Il n’avait pas de marine ; il en créa une. Il fit construire mille vaisseaux et organisa un recrutement régulier des équipages. Il