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régionaux tantôt « œcuméniques » (universels) qui se lançaient l’anathème les uns aux autres. Mais l’opinion publique, comment pouvait-elle se passionner violemment pour le problème des « deux natures » ? Arius avait voulu démontrer que Jésus-Christ n’était point Dieu et son raisonnement était à la portée de tous. Mais lorsque Nestorius enseignait que Jésus-Christ était un homme devenu Dieu et Eutychès, que Jésus-Christ bien qu’incarné n’avait jamais été homme mais seulement Dieu, c’étaient là des conceptions qui dépassaient l’entendement moyen. Nous comprenons mal qu’elles aient suscité tant de véhémence, provoqué tant de conflits aigus, occasionné tant de crises politiques. On a voulu en trouver une explication dans le fait que les populations helléniques ou hellénisées privées de la saine agitation de l’agora satisfaisaient sur le terrain religieux le besoin de discourir et de discuter que la pratique de la liberté leur avait jadis insufflé. Mais il n’est pas exact que l’agora fut réduite au silence. Là où elle l’était, c’est que les citoyens l’avaient volontairement désertée non que l’autorité en eût ainsi ordonné. Les cités grecques entrées dans l’empire romain n’avaient pas eu, pour la plupart, à abandonner leurs institutions. Presque toutes en Grèce, un très grand nombre en Asie, avaient été déclarées libres. Au-dessus d’elles le proconsulat romain ne constituait guère qu’un contrôle et une trésorerie. Et sans doute leur activité politique se trouvait restreinte. Le régime municipal n’en était pas moins à même d’y fonctionner. Mais il est certain que l’esprit civique s’était affaibli. Dans beaucoup de cités les finances en mauvais état, les écoles négligées, les monuments publics endommagés constituaient un ensemble peu fait pour encourager les magistratures volontaires. D’autre part la religion avec ses sacerdoces, ses fêtes, son luxe, en était arrivée à dominer le commerce et l’industrie créant autour d’elle une quantité d’intérêts matériels nouveaux. Seulement du fait que la foule s’enthousiasmât pour les cérémonies religieuses, il ne s’ensuit pas qu’elle dût s’éprendre d’une casuistique compliquée. Une autre explication a été suggérée : le besoin d’unité. L’unité romaine avait pénétré d’admiration le monde méditerranéen tout entier. Sa disparition était comme la synthèse des malheurs présents et des périls à venir. Or le christianisme paraissait désormais seul capable de maintenir ce qui restait du monde romain en état d’union. De là l’importance attribuée au dogme et le désir d’en fixer jusqu’aux moindres détails. Tout cela est exact mais un tel sentiment n’eut-il pas dû, en fin de compte, arrêter plutôt qu’accroître le flot des hérésies. Or elles pullulèrent, dit