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autres. Il fallait donc renoncer à exercer dans la Méditerranée occidentale une domination incontestée ; il fallait y vivre de compromis. Il fallait traiter et avec Marseille et avec Syracuse et avec Rome aussi dont la puissance future commençait à se dessiner. Restaient l’Espagne et l’océan. L’Espagne était encore intacte sauf quelques établissements grecs et marseillais sur la côte orientale. Quant à l’océan, nuls que les Phéniciens ne s’y hasardaient. Carthage dirigea de ce côté un magnifique effort. Hannon fut mis à la tête d’une flotte considérable ; il avait « paru bon qu’il naviguât en dehors des colonnes d’Heraclès et fondât des villes ». Il aurait emmené soixante vaisseaux et « une multitude d’hommes et de femmes au nombre de trente mille environ ». Ce dernier chiffre n’est pas en rapport, semble-t-il, avec le premier. Quoiqu’il en soit, l’expédition très considérable fit escale à Gadès et acheva de s’y organiser. Sept colonies furent fondées parmi lesquelles Sala (Rabat), Mogador, Agadir. Hannon doubla le cap Vert, atteignit le golfe de Guinée et vit fumer le volcan du Cameroun haut de quatre mille mètres et alors en pleine activité. Il prit sans doute possession de Madère et des Canaries. On prétend qu’à Madère une statue fut érigée dont la main tendue vers l’ouest semblait suggérer la possibilité de terres inconnues surgissant au-delà du vaste horizon. « Que fut-il advenu, écrit J. de Crozals commentant cette légende, si au vime siècle un navire carthaginois, devançant Colomb de deux mille ans, avait découvert le nouveau monde ? » Une autre question se pose. Ce qu’on a appelé le « périple d’Hannon » était-il le premier ou bien faut-il tenir pour avéré le fait que des Phéniciens auraient accompli précédemment le tour de l’Afrique pour le compte du roi d’Égypte Nechao ? Hérodote y a cru. La venue d’Hannon en ces parages lointains ne paraît pas avoir causé aux indigènes autant de surprise que si elle avait été complètement inattendue. Deci delà, les Carthaginois rencontrèrent quelques interprètes rudimentaires pour leur venir en aide. À Carthage, par contre, le retour de l’expédition suscita le plus vif intérêt et, contrairement aux coutumes, il fut décidé que le récit de ses aventures serait rendu public. On le grava sur les murs d’un temple. La traduction grecque nous en a été conservée. Vers la même époque, Himilcon avait été chargé de diriger une autre expédition qui devait monter vers le nord. Elle reconnut le promontoire breton, les îles Scilly, l’Irlande Ces expéditions ne donnèrent pas les résultats que les Carthaginois étaient en droit d’en attendre car, peu après, la situation méditerranéenne tendit à se modifier à leur détriment.