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l’hellénisme

s’appliquaient à former des avocats d’affaires en même temps que des orateurs politiques et pourquoi, du jour où le protectionnisme égyptien interdit l’exportation du papyrus végétal, les gens de Pergame inventèrent d’y suppléer en fabricant le parchemin.

Il n’est point jusqu’à l’art qui ne se laissât orienter vers l’utilitarisme obligatoire ; la « tour lumineuse » de Pharos (d’où vint le nom de phare) qui dressa ses étages de marbre blanc sur un rocher abrupt à l’entrée du port d’Alexandrie, remplaça dans l’admiration des contemporains les plus beaux portiques d’antan. Cela ne se fit point, bien entendu, sans danger de déclin. Chez les sculpteurs, le goût de la violence dans le mouvement prit le pas sur celui des attitudes harmonieuses et, d’accord avec les architectes, ils aimèrent le colossal. À Tarente se dressa un Jupiter de soixante pieds de haut et Antioche eût une Minerve géante. Les bateaux passèrent entre les jambes du fameux « colosse de Rhodes » Un original proposa de sculpter le mont Athos en figure humaine. L’eurythmie périclitait de la sorte.

Les études philosophiques gardaient tout leur attrait mais les circonstances et l’ambiance générale agissaient aussi sur elles. Les premiers philosophes avaient été des astronomes et des physiciens : Thalès de Milet (689-568), Anaximandre et leurs disciples qui cherchaient dans la nature le principe de la vie universelle. Les éléments, l’air, le feu, l’eau, les phénomènes de raréfaction et de condensation avaient fixé tour à tour leur attention sans satisfaire pleinement leur curiosité. Au cours de ces tâtonnements où l’intuition et l’expérience s’aidaient l’une l’autre, les précurseurs s’étaient élevés peu à peu à l’idée de l’unité de substance, de l’espace infini, de la combinaison possible d’atomes indivisibles et indestructibles. Puis tandis qu’Euclide posait les fondements de la géométrie, qu’Aristarque de Samos entrevoyait par un éclair de génie la rotation de la terre autour du soleil, que l’illustre Hipparque inventait la trigonométrie, un rameau parallèle avait fleuri, détaché du tronc unique. Sans délaisser les mathématiques et l’observation de la nature, Pythagore, Socrate, Platon, Aristote, pour ne citer que les plus fameux, s’essayèrent à chercher ailleurs le « chemin de la vie ». Par l’étude de la loi morale, par la connaissance du moi, ils arrivèrent à concevoir l’immortalité de l’âme jusqu’à la vouloir démontrer. Comment toutes ces doctrines ingénieuses ou audacieuses et toutes les discussions auxquelles elles donnèrent lieu n’eussent elles pas conduit soit au scepticisme soit à l’éclectisme,