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histoire universelle

et prompte. Par la connaissance de la langue grecque d’abord. Cette langue si parfaite, dont on a pu dire qu’elle était « articulée » comme le corps d’un bel athlète, pénétra partout, même en Égypte ainsi que nous l’avons vu. Ses progrès en Asie-mineure furent surprenants ; de nombreuses inscriptions attestent que si les dialectes indigènes restaient en usage dans les milieux populaires, les gens cultivés n’employaient point d’autre langue que le grec. Dès le début du iime siècle, il en fut ainsi dans toutes les villes. Le grec se substitua comme langue littéraire et liturgique à l’araméen en Mésopotamie, en Cappadoce ; il s’introduisit en Arménie et chez les Celtes de Galatie qu’en 188 av. J.-C. les Romains traitaient de « gallo-grecs ». En Thrace la ville de Philippopoli (fondée vers 340 par Philippe ii, père d’Alexandre) servit de foyer d’hellénisation Or en se répandant de la sorte, le grec ne se déforma pas comme on eût pu le craindre car des adorateurs vigilants veillèrent sur sa conservation. De ceux-là Alexandrie fut le centre d’action. Autour du Musée (temple des Muses) et de la bibliothèque bientôt riche de plus de quatre cent mille manuscrits (établissements créés par les Ptolémées) naquirent des sciences nouvelles : la grammaire, l’annotation, la critique analytique et comparée. L’exemple fut suivi. Antioche eut aussitôt son musée et sa bibliothèque élevés par l’initiative et aux frais d’un riche citoyen. Le zèle était si grand autour de ces centres de savoir qu’à Pergame, dit-on, on catalogua parfois des œuvres de faussaires qui signaient de quelque nom illustre leurs propres écrits. L’érudition, l’esprit de recherche et d’investigation dominèrent. Les sciences exactes y puisèrent de plus grandes facilités d’applications utilitaires. Le bien public réclamait qu’il en fut ainsi. Athènes pouvait demeurer « le sanctuaire des tranquilles méditations et des subtiles disputes d’idées » mais ces villes nouvelles ou renouvelées (non point seulement les métropoles comme Antioche dont la principale rue était longue de près de quatre kilomètres mais Magnésie, Éphèse, Smyrne, Milet jadis détruites puis reconstruites, Cysique, Tarse.… et les villes de l’intérieur comme Laodicée ou Palmyre) avaient d’autres obligations vis-à-vis des vastes territoires avoisinants à travers lesquels elles devaient répandre la richesse et la vie. C’est pourquoi un Archimède (287-212) ne s’enfermait pas dans le temple des pures mathématiques mais employait son savoir à perfectionner la poulie et le levier, à imaginer la roue dentée et la vis sans fin, à résoudre des problèmes de balistique capables de faire progresser l’art militaire. C’est pourquoi les écoles d’éloquence de Rhodes