Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome II, 1926.djvu/72

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
69
rome

dénominations sont trompeuses. Sauf à de rares instants de la période dite impériale, Rome n’a jamais eu de souverains au sens que nous donnons à ce mot. Elle n’a eu que des dictateurs, temporaires ou à vie, individuels ou collectifs. La révolution qui, en 509, instaura la république ne fut qu’un mouvement aristocratique destiné à faire passer aux mains des sénateurs le pouvoir exercé jusqu’alors par un chef unique. Et c’est ce chef unique que quatre siècles et demi plus tard, César sentant le régime sénatorial irrémédiablement impuissant et corrompu, chercha à rétablir sous une appellation nouvelle.

Dès le principe, Rome se trouva dans l’obligation de faire la guerre pour imposer par la force un joug que ne légitimaient ni des frontières géographiques imprécises, ni des prétentions ethniques dénuées de fondement, ni des traditions historiques inexistantes. Devant faire la guerre, il lui fallut des armées et une population nombreuse pour en alimenter le recrutement. Tous les moyens lui furent bons aux fins d’accroître sa puissance numérique — et notamment, celui qui consistait à détruire les villes rivales une fois vaincues et à en transporter les habitants dans sa propre enceinte. Mais la population ainsi agglomérée, les aventuriers du début — mués avec une rapidité surprenante en une aristocratie orgueilleuse et jalouse de ses droits — entendaient la gouverner à leur guise et selon leurs idées. De là cette lutte des classes qui détermina l’aspect de la politique intérieure de Rome comme le militarisme obligatoire fixa les contours de la politique extérieure.

Ces prémisses diverses existèrent dès le début de Rome et c’est pourquoi il y a grand inconvénient à négliger l’étude des deux premiers siècles comme on le fait souvent. Bien loin qu’ils aient constitué un insignifiant préambule à ce qui suivit, c’est alors que s’imprimèrent en traits indélébiles les caractères essentiels de l’évolution future. Ce fut une période robuste ; par la durée gouvernementale d’abord. Sept dictateurs à vie se succédèrent, régulièrement élus ; la durée moyenne de leurs pouvoirs fut de trente-cinq ans ; le règne le plus court, celui d’Ancus Martius (640-616) fut de vingt-quatre ans et le plus long, celui de Servius Tullius (578-534) de quarante-quatre ; par la valeur individuelle ensuite : tous ces hommes étaient remarquables et c’est à leurs initiatives éclairées que Rome dut la rapidité et la solidité de son édification matérielle et morale. Mais — fait curieux et suggestif — tous étaient étrangers. Numa Pompilius