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armes en un véritable sacrement. Or il advint que la chevalerie élevée à ce niveau n’eut point sur la féodalité l’action qu’on en avait espéré. Les seigneurs restèrent pour la plupart des exploiteurs d’autrui gardant pour seules normes de leurs actions l’ambition et l’intérêt personnels. Par contre la chevalerie influa de façon inattendue sur le Tiers qui prit d’elle le goût de la courtoisie et du sport. La vogue de ce qu’on a appelé les « manières chevaleresques » se répandit dans les rangs de la France plébéienne en même temps que la passion des exercices violents. L’étude longtemps délaissée des tournois et des jeux populaires a fixé cette particularité dont les historiens avaient négligé d’apercevoir la portée[1]. Ainsi affinés et fortifiés à la fois, les gens du Tiers se trouvèrent prêts à répondre à l’appel du pouvoir royal.

Le fils de Philippe-Auguste, Louis viii ne régna que trois ans (1223-1226). Il mourut prématurément laissant pour successeur un enfant de douze ans et ayant eu le tort de constituer des apanages détachés du domaine royal au profit de ses autres fils. Ce retour aux coutumes barbares montre quelle force possédaient encore les idées féodales. Leurs représentants allaient d’ailleurs en donner une nouvelle preuve en s’unissant contre cette royauté juvénile qu’ils jugeaient inapte à se défendre. Blanche de Castille, veuve de Louis viii se trouva régente et, comme telle, affronta la coalition avec un courage, une habileté et surtout une promptitude d’action qui en eurent vite raison. Le clergé resté fidèle lui facilita la tâche et bientôt Louis ix commença de gouverner par lui-même. Son long règne (1226-1270) a généralement été apprécié de façon simpliste. Il semble que la sainteté du roi suffise à glorifier tous ses actes. Pour certains de ses panégyristes, elle se colora de génie et ils veulent découvrir en lui un profond politique. La vérité est que Louis ix fit très complètement son métier de roi. Il le fit avec intelligence et fermeté mais non sans commettre des erreurs graves, principalement en matière de politique extérieure. Toutefois ce qu’on peut lui reprocher à cet égard est plus que dix fois compensé par le prestige incomparable résultant du principe nouveau apporté par

  1. Je renvoie le lecteur à mon manuel de Pédagogie sportive et pour plus de détails, au livre de J.-J. Jusserand, Sports et jeux d’exercices au moyen-âge.