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l’europe à la fin du xve siècle

« germanisants » quittèrent Prague (1409). Huss fut interdit, excommunié. Le pape promit des indulgences à qui le combattrait. « Dieu seul, répondit-il, remet les péchés et non le pape ». Les étudiants tchèques brûlèrent les bulles pontificales. Jean Huss convoqué au concile de Constance crut devoir s’y rendre sur la foi d’un sauf-conduit trompeur. On le jeta en prison. Son procès fut inique. Il fut brûlé le 6 juillet 1415. Il s’était réclamé des droits de la conscience individuelle. C’était bien un protestantisme complet qui avait ainsi surgi au centre de l’Europe.

Toute la Bohême se leva. Un peuple entier se sépara de Rome. À Prague la révolution s’affirma par la prise de l’Hôtel de ville (1419) et la « défenestration » des conseillers qui résistaient. Dès 1420 la révolte, organisée, restait maîtresse du terrain. Elle était à la fois démocratique et slave. Toutes les idées d’émancipation sociale et d’égalitarisme qui depuis un demi-siècle agitaient l’Europe semblaient s’être concentrées en Bohême. Contre elles la bourgeoisie allemande fit bloc accentuant le caractère ethnique du conflit. La masse des paysans et la petite noblesse (ceux qu’on appelait les chevaliers) se trouvèrent comme soudés ensemble par des passions d’ordre différent sinon contradictoire, la passion révolutionnaire et la passion nationaliste. Les ententes de cette sorte ont une puissance offensive extrême mais peu durable. Celle-ci mit quatorze ans à s’épuiser (1420-1434) et ses violences la perdirent. Le camp de Tabor fut le centre du mouvement ; Ziska, le chef, était un fanatique mais habile et courageux. Déjà borgne, il perdit complètement la vue et continua néanmoins de conduire la guerre ; une guerre moderne, novatrice en tactique et en stratégie et où des charrettes armées servaient alternativement de remparts et de chars d’assaut. À Ziska succéda Prokop (1424) qui organisa une véritable terreur à l’aide de laquelle il réussit en 1431 à grouper quarante mille cavaliers et quatre-vingt-dix mille fantassins. Palacky conte que les paysans et les ouvriers se cachaient pour éviter d’être enrôlés ; envoyés de force au régiment, ils s’évadaient à la première occasion. L’armée se renforçait, il est vrai, de volontaires étrangers mais généralement peu recommandables. « Les succès des troupes taboristes, écrit Kautsky, attiraient dans leurs rangs quantité de gens de toutes sortes à qui l’idéal taboriste demeurait tout à fait indifférent et qui recherchaient peut-être quelque gloire mais avant tout, du butin ».