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l’angleterre et les scandinaves

s’était-il pas avisé d’en faire l’aveu en se plaignant que l’habit dont on le revêtait en cette circonstance fut moins beau qu’aux cérémonies précédentes. Mais depuis lors, les choses avaient changé. Une vague de mystique enthousiasme soulevait maintenant ces âmes impulsives et complexes. Il fallut l’intervention ecclésiastique elle-même pour empêcher le duc Guillaume d’abdiquer et de se retirer à l’abbaye de Jumièges. En même temps des souffles révolutionnaires et novateurs passaient sur la Normandie, manifestement en avance de civilisation sur les contrées voisines et même sur la plus grande partie de l’Europe d’alors. Les dernières années du ixme siècle, les esprits y furent en grande effervescence et non comme ailleurs par la crainte de voir le monde finir en l’an mille mais par le désir d’obtenir des réformes tant civiles que religieuses. Le programme des revendications dépassa d’emblée — cinq et sept cents ans d’avance — Luther et les « droits de l’homme ». Ces mouvements furent réprimés cruellement. Un péril extérieur se dessina d’autre part. Des coalitions se nouèrent qui conduisirent sous les murs de Rouen les troupes combinées de Louis iv de France et d’Othon d’Allemagne. Ce dernier se retira vite comprenant qu’il n’avait rien à attendre de telles aventures. Les inspirateurs et les principaux agents en étaient les voisins immédiats du duché à savoir le comte de Flandre et le comte d’Anjou qui convoitaient de se le partager ; proie tentante par sa richesse et son développement organique. La dynastie capétienne, elle, se trouva, grâce à la prévoyance de son fondateur, hors de ce jeu dangereux. Le duc Richard ier avait épousé la sœur d’Hugues Capet et aida fort à son avènement au trône de France.

Tout le prestige acquis par le gouvernement ducal, toute la force qui s’était accumulée autour de lui en un siècle faillirent sombrer lorsque le duc Robert mourut à Nicée, l’an 1035, au cours d’un pieux pèlerinage, laissant pour héritier un enfant de huit ans issu d’un mariage inégal contracté en dehors des lois. Mais l’enfant promis à de si hautes destinées se fortifia au cours de sa tragique adolescence. Sa précocité était faite comme on l’a dit, de « force, d’équilibre et de rayonnement ». On le vit à quinze ans, parcourir la Normandie à pied s’arrêtant dans les manoirs et dans les chaumières, conversant avec les agriculteurs et avec les marins, plaisant et inspirant confiance à tous. Au même âge, il présida à Caen un concile qui sanctionna cette bienfaisante « trêve de Dieu » dont nous avons déjà parlé et par laquelle il était interdit sous la double menace d’amende et