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la fondation des états slaves

guerriers étaient partis pour l’Italie s’épandirent de tous côtés, des bouches du Danube à l’Istrie. Ils peuplèrent la Styrie, la Carinthie, la Carniole. Leur caractère prolifique paraît avoir été intense pendant toute cette période. Effrayés, les colons de Trajan se retirèrent dans le massif transylvain, abandonnant la plaine ; ils n’en devaient redescendre que sept siècles plus tard, alors qu’on avait depuis longtemps perdu leur souvenir, pour fonder les principautés de Moldavie et de Valachie, embryon de la Roumanie moderne.

Le viime siècle est important dans les annales slaves. C’est l’apogée du slavisme occidental. Il s’étend de la Baltique à la mer Égée et de l’Elbe au Dniéper. Presque toute la Prusse actuelle est aux mains des Slaves. Devant eux sont les Germains tassés entre Elbe et Rhin ; derrière eux des tribus finnoises qui se sont approchées jusqu’au Dniéper et que plus tard, dans leur retraite, ils refouleront à leur tour. Ils ont des colonies au delà de l’Elbe d’ailleurs et jusque dans le bassin du Rhin ; ils en ont sur les contreforts des Alpes ; ils en ont dans tous les Balkans ; ils en ont en Thessalie, en Thrace, en Macédoine, en Épire et même quelques groupes en Béotie et dans le Péloponèse. Ce n’est pas dans ces postes avancés, éparpillés parmi d’autres races, qu’il faut chercher les caractéristiques essentielles du slavisme. C’est au sein de la masse compacte dont le centre à ce moment se trouve à peu près sur la Vistule et dont la vivante marée va bientôt être forcée de refluer vers le nord-est. Voici ce qu’a écrit des premiers Slaves l’un de ceux qui les a le mieux étudiés, Ernest Denis : « Ils n’avaient ni propriété personnelle ni exploitations individuelles mais restaient les simples membres d’une association dans laquelle ils étaient entrés par la naissance et dont ils ne pouvaient sortir qu’en renonçant à tout droit de possession sur le domaine commun Le chef (staroste, ancien), était désigné par l’élection Son pouvoir fort étendu s’exerçait ainsi en vertu d’une délégation. La terre cultivée n’appartenait ni au staroste qui n’en était que l’administrateur ni même à l’ensemble des laboureurs qui l’exploitaient à un moment donné mais à l’association même, à ses rejetons futurs comme à ses membres vivants. Une pareille conception de la propriété a pour conséquence naturelle l’égalité absolue de tous les travailleurs ; le mot pauvre n’existe pas dans les anciens dialectes slaves ; l’association nourrit ses vieillards, ses malades et ne rejette que ceux qui refusent leur collaboration. Les femmes sont les égales