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la revanche celto-romaine : les capétiens

salutaire, normal et seul capable d’assurer un avenir conforme aux lois sociales. C’est parmi les sujets de ces vingt-neuf ducs, comtes, vicomtes ou barons que sourdement, timidement s’amoncelaient les espoirs en un ordre différent basé sur d’autres données. Les lettrés, fort rares, n’ignoraient pas que cet ordre différent avait existé et par eux la notion s’en répandait, imprécise, dans les couches inférieures de la population. Si faible pourtant était une pareille diffusion que le progrès de l’émiettement féodal ne s’en trouvait point entravé. Un peu plus tard ce ne seraient plus vingt-neuf mais bien cinquante-cinq États qu’il y aurait à dénombrer depuis les vastes duchés jusqu’aux minuscules baronies. Si nous jetons un coup d’œil sur une carte de la France au temps des premiers Capétiens nous y voyons figurer au nord en bordure de la mer du nord, le comté de Flandre dont la frontière limitrophe des domaines du Saint-empire descendait de l’embouchure de l’Escaut jusque vers Cambrai. Immédiatement au dessous se trouvaient le Vermandois et le Valois. Puis à droite le comté de Champagne qui s’approchait de Paris d’un côté, de Verdun et de Toul de l’autre et englobait Chalons, Troyes et Langres. À gauche le duché de Normandie avec Rouen, Évreux, Dreux et Saint-Lô. Sous le comté de Champagne, le duché de Bourgogne avec Dijon et Nevers, séparé du comté de Bourgogne (Franche-comté) par la frontière du Saint-empire passant entre Dijon et Besançon. Cette même frontière enclavant Lyon descendait ensuite vers la mer en suivant à peu près le cours du Rhône sur sa rive droite. Sous le duché de Normandie étaient le comté de Blois (Chartres et Blois), le Maine, l’Anjou, la Touraine. C’est là, enserré entre Bourgogne, Champagne et Blaisois, que les Capétiens avaient leur domaine propre. Allant du nord de Paris au sud d’Orléans jusque vers Bourges, il dessinait une sorte d’ovale assez régulier et bien compact mais combien minuscule comparé aux domaines normand, bourguignon et surtout à ce duché d’Aquitaine qui occupait le centre et tout le sud de la France d’alors. L’Aquitaine, il est vrai, n’allait pas tarder à se fissurer et dès alors elle comprenait des territoires distincts les uns des autres : le Poitou, l’Auvergne la vieille terre des Arvernes, le comté de Toulouse dont la prépondérance de plus en plus s’affirmait, enfin cette région indécise s’étendant de Nîmes aux Pyrénées avec Narbonne comme centre et la marche d’Espagne (plus tard comté de Barcelone) comme annexe. On l’avait appelée longtemps