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la revanche celto-romaine : les capétiens

la polychromie fantastique de ses vitraux. Ce fut un spectacle inouï. Michelet, en une page célèbre, en a décrit l’effet sur les foules. À nous autres il est devenu si familier par une longue hérédité que nous oublions d’en remarquer l’étrange beauté mais un peu de réflexion nous la fait de nouveau sentir. Si l’on transportait un Hellène des temps classiques en face de nos édifices métalliques, de nos gares de chemin de fer ou même de la tour Eiffel, il s’étonnerait à coup sûr mais il se sentirait moins désorienté qu’en pénétrant sous les voûtes d’une de nos cathédrales moyen-âgeuses. Les temples hindous creusés en cavernes à même le roc lui paraitraient sans doute moins déroutants, moins extra-humains. C’est que, dans aucun des édifices du passé ou du présent, l’unité et la complexité du plan, l’indépendance et la coordination des lignes, l’opposition et la fusion des jeux de lumière et d’ombre n’ont été associés de façon à produire à la fois tant d’apaisement et tant d’exaltation La France se couvrit d’églises ogivales. Tout cet essor fut anonyme. On connaît les noms de ceux qui ont édifié le Parthénon, Sainte-Sophie ou Saint-Pierre de Rome ; on ne connaît pas ceux qui provoquèrent la révolution ogivale. Pas davantage les sculpteurs qui pour ornementer les portails, les chapiteaux et les frises commencèrent alors de substituer l’interprétation de la nature à la stylisation traditionnelle de la fleur, de l’animal ou de la figure humaine : artistes improvisés issus du simple milieu professionnel des tailleurs de pierre et dont la puissance d’observation et la vigueur d’exécution n’ont cessé depuis lors de surprendre et d’émouvoir les spécialistes. L’art ogival déborda vite sur tout l’occident. D’Upsal à Burgos ses principes s’imposèrent. Ce fut en quelque manière le don d’avènement fait à l’Europe par le génie français dont la formation devançait ainsi celle de la France politique.

Les influences méridionales avaient joué en cette renaissance multiforme un rôle considérable. On peut même dire qu’elles en étaient les inspiratrices essentielles. Le Languedoc, la Provence avaient vu passer bien des pouvoirs, subi bien des contraintes, vécu bien des mauvais jours. En ces régions survivaient malgré tout ce sens de la dignité et ce goût de la mesure élégante qui s’y étaient enracinés aux temps celto-romains. De là était remontée vers le nord — à mesure que s’en retirait le raz de marée barbare — la double aspiration vers l’autonomie municipale et l’unité gouvernementale si caractéristiques de l’ordre romain. Répugnant également à la formule