Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/114

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
110
histoire universelle

mais toutes les vertus viriles se manifesta parmi ces officiers et ces soldats dont on a pu dire que les uns et les autres ne cessaient de marquer « le même empressement à aller au delà du devoir ». À l’élan de pareilles troupes rien ne pouvait résister. En dix-huit mois les frontières furent dégagées, puis franchies, la Belgique, la Hollande et la rive gauche du Rhin occupées, la coalition dissoute. La Prusse et l’Espagne déposèrent les armes. On signa la paix à Bâle (janvier 1795). L’Angleterre elle, ne désarma pas. Sur mer l’effort français presque aussi prodigieux[1] n’avait pu obtenir de résultats décisifs. La république n’en était pas moins sortie à son avantage d’une épreuve terrible et ses succès étonnaient le monde.

iv

À partir de ce moment un esprit nouveau commença de souffler. Le service militaire redevint un métier, la conquête, un but, l’exploitation du sol ennemi, un usage. Il n’en pouvait être autrement mais Bonaparte à l’armée d’Italie hâta la transformation. Mis au début de 1796 à la tête de troupes insuffisantes et mal entretenues, il se rendit maître en quelques mois de toute l’Italie du nord, en chassa les Autrichiens, rompit leurs contre-offensives, les obligea à traiter. D’un seul bond il s’élevait ainsi un peu par chance mais surtout par génie technique au premier rang des plus illustres guerriers. Dès ce jour aussi il témoigna de ses courtes vues politiques en s’aliénant par ses dépradations et ses procédés arbitraires des populations faciles à contenir. Les Italiens de la fin du xviiime siècle étaient peu belliqueux, de mœurs douces, dépourvus d’esprit public ; les Autrichiens, surtout depuis Marie Thérèse, les avaient gouvernés à l’aide d’une bureaucratie restreinte et d’une fiscalité modérée. La vallée du Pô et la Toscane somnolentes après les longues agitations d’antan ne recherchaient ni l’indépendance ni l’unité nationales. Les républiques que les Français édifièrent dans la péninsule reçurent avec des noms bizarres des constitutions toutes faites. Un si parfait mépris des convenances et des aspirations locales combiné avec le rapt des objets d’art, les pillages, les prélève-

  1. On avait construit hâtivement et armé une flotte d’environ soixante-dix navires que montèrent des matelots sans expérience. Des épisodes fameux témoignent de la valeur de ces équipages qui causèrent les plus grands dommages au commerce anglais.