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histoire universelle

LA RÉSURRECTION DE LA GRÈCE

L’Europe au sein de laquelle éclata soudain la nouvelle qu’il y avait encore des Hellènes et qu’ils réclamaient leur liberté ressemblait à une classe étroitement surveillée à la suite de l’équipée d’un écolier et de l’effervescence manifestée par les camarades du délinquant. Les gouvernements faisaient figure de pédagogues soupçonneux, irritables, prompts à distribuer arrêts et pensums, anxieux en tous cas de réprimer la moindre velléité d’insubordination concertée. Le péril pourtant n’était pas si grand. Sans doute on voyait de tous côtés des mécontents, des agités mais en petit nombre et plus bruyants que résolus. Les peuples fatigués n’aspiraient qu’au repos et à tout prendre, il n’était pas mauvais qu’après l’énervante et décevante épopée que l’on venait de vivre, l’horizon se limitât pour un moment à un idéal d’activité. Cet état de choses n’était point né spontanément. Il était issu du fameux congrès de Vienne lequel, assemblé en 1814 et brusquement interrompu par la réapparition de Napoléon échappé de l’île d’Elbe, avait repris en 1815 et abouti à une série de conventions visant à régler le sort de l’Europe de façon durable. De ces conventions, les unes renfermaient des clauses territoriales[1], tandis que d’autres posaient des règles générales de conduite. C’est ainsi que la Russie, l’Autriche et la Prusse avaient créé une véritable société des nations à laquelle les autres puissances étaient conviées à adhérer. Ce fut la « sainte alliance » ainsi nommée à cause du préambule emphatique qui lui donnait la religion pour base.

La sainte alliance ne dura que dix ans (1815-1825) ; elle ne pouvait vivre beaucoup plus en raison des intérêts contradictoires de ses dirigeants. Les historiens de l’avenir ne manqueront pas de la rapprocher de la Société des nations édifiée un siècle plus tard. Ils mettront en parallèle le mysticisme et le demi-libéra-

  1. La Belgique avait été réunie à la Hollande sous le sceptre du prince d’Orange qui prit le titre du roi des Pays-Bas. La Lombardie et la Vénétie étaient attribuées à l’Autriche. La Prusse eût voulu annexer les états du roi de Saxe allié fidèle de Napoléon et la Russie s’emparer du grand duché de Varsovie que l’empereur des Français avait établi comme embryon d’une nouvelle Pologne. C’est en suscitant l’hostilité anglaise et autrichienne contre ces ambitions que Talleyrand parvint à Vienne à disjoindre la coalition formée contre la France. Quant aux limites territoriales de la France elle-même, elles étaient ramenés à l’état de choses existant en 1792.