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la formation des états-unis

inorganique[1]. Mais Lincoln veillait. Sa foi chrétienne en une cause juste le soutenait. Repoussant tout compromis, il lança un appel aux armes. Il demandait soixante quinze mille volontaires ; trois cent mille s’offrirent. La guerre qui commençait devait être longue, meurtrière et coûteuse. Elle dura d’avril 1861 à avril 1865, anéantit ou estropia un million d’hommes et se solda par environ quatorze milliards de francs de dépenses, somme considérable pour l’époque. Mais les États-Unis y trouvèrent le salut et la démocratie, la victoire. De belles figures de combattants surgirent, Lee, Sherman, Grant. Au dessus d’eux tous se tenait Lincoln. Le poignard assassin qui le cherchait depuis le début l’atteignit alors que, réélu, il se préparait à panser les blessures des vaincus. Mais son esprit survécut. Toute une génération en demeura comme imprégnée. Le monde vit avec surprise la lutte se terminer sans représailles inutiles. Les victimes de l’holocauste furent honorées avec un respect égal et la nation purifiée par leur sacrifice reprit sa route vers un destin unifié.

Les difficultés, bien entendu, abondèrent. Il fallait réajuster chaque pièce de l’énorme machine gouvernementale et faire face aux problèmes suscités par l’incessant accroissement de la population. En dix ans (1870-1880) l’augmentation allait être de onze millions. Cinquante millions d’habitants dont six et demi de noirs et déjà plus de cent mille asiatiques dont les trois quarts en Californie — bientôt quarante États dont dix-neuf dépassant le million — vingt villes de plus de cent mille âmes, tout cela composait un bilan grandiose mais troublant. Les possibilités économiques, heureusement, croissaient en proportion et aussi les audaces de l’esprit d’entreprise. La pose des premiers câbles transatlantiques, la construction de chemins de fer transcontinentaux reliant New-York et la Nouvelle-Orléans à San Francisco ouvrirent une ère d’intense activité. Les trois

  1. Le nord comptait au sud des sympathies efficaces. Les forestiers et petits agriculteurs peuplant certaines parties montagneuses du Kentucky, du Tennessee, de la Virginie de l’ouest, de la Caroline du nord étaient antiesclavagistes. Par contre, bien des gens d’affaires du nord qui négociaient les titres cotonniers et spéculaient sur ces valeurs nourrissaient de secrètes sympathies pour les sudistes.