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guillaume ii et la république française

graphie assignait à leur activité avec des minorités slaves : Croates, Serbes, Slovaques… sans compter les Roumains de Transylvanie. Les Habsbourgs en plus avaient pour sujets des Tchèques et des Polonais. Tous ces peuples grandissaient numériquement et politiquement. L’Autriche-Hongrie devenait slave quoi qu’elle en eût[1]. L’occupation, sous prétexte de sécurité de la Bosnie et de l’Herzégovine, accentua le caractère de la transformation. Ce coup de force survenant après la prise de Rome et l’annexion de l’Alsace rendait l’Allemagne, l’Italie et l’Autriche-Hongrie en quelque sorte solidaires dans leur intérêt à se garantir mutuellement des conquêtes d’une légitimité douteuse. Entre elles une entente devait se nouer. Ce fut la véritable origine de la « triplice » dont on a beaucoup parlé et dont il reste encore plus à dire car, derrière des textes plusieurs fois modifiés, la critique pressent des tergiversations encore insuffisamment dévoilées mais qui enlevaient à ce célèbre instrument diplomatique une large part de son efficacité éventuelle. On en put juger lorsqu’éclata la guerre de 1914 par la façon dont l’Italie se retira d’une association où elle estimait avoir été traitée en « parente pauvre ». En fait elle y avait trouvé de grandes satisfactions d’amour-propre et certains avantages matériels.

L’attitude de la France en face de la triple alliance se précisa en 1891. Cette année-là vit la réception de la flotte française à Cronstadt et le séjour à Paris en demi-incognito de l’impératrice Victoria, veuve de Frédéric iii et mère de Guillaume ii : deux menus faits dont, ainsi qu’il advient parfois, les conséquences furent immenses. Depuis plusieurs années, Alexandre iii rendu méfiant à l’égard de l’Allemagne inclinait

  1. On peut se faire une idée de ce qu’était le « chaos ethnique » austro-hongrois vers le début du xxe siècle par les indications approximatives suivantes : en Silésie, 50 % d’Allemands et 29 % de Polonais ; en Moravie, 29 % d’Allemands et 71 % de Tchécoslovaques ; en Styrie, 63 % d’Allemands et 34 % de Slovènes ; en Carinthie, 72 % d’Allemands et 28 % d’italiens et de Slovènes ; en Carniole 90 % de Slovènes ; en Croatie, 94 % de Serbe-Croates et de Magyars ; en Dalmatie, 88 % de Serbo-Croates. La Galicie renfermait deux millions de Polonais catholiques et trois millions de Ruthènes orthodoxes. Quant au royaume hongrois, il renfermait sept millions et demi de Magyars, deux millions et quart d’Allemands, deux millions trois quarts de Roumains et deux millions de Slovaques.