Page:Coubertin - Histoire universelle, Tome IV, 1926.djvu/209

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
205
l’afrique

riers ; beaucoup firent fonction de gouvernants au sens élevé que la civilisation donne à ce mot. Soundiata, roi des Mandingues, auréolé par une brillante victoire remportée en 1230 à Koulikoro sur un adversaire redoutable est réputé d’autre part pour avoir fait faire à l’agriculture d’heureux progrès. Un de ses successeurs Gongo Moussa (1307-1332) qui s’empara de Gao et de Tombouctou éleva dans ces deux villes les premières mosquées à terrasses et à minarets. Sa politique extérieure était active ; il échangeait des présents avec le sultan du Maroc et fut reçu avec éclat au Caire lors du voyage qu’il fit au tombeau du prophète. Nous avons pour nous renseigner tant sur l’État mandingue que sur les autres États de l’Afrique occidentale les relations d’Ibn Babouta et de Léon « l’africain » qui l’un au xivme et l’autre au début du xvime siècle les visitèrent, souvent impressionnés par le bon ordre administratif et la prospérité qui y régnaient.

Or à la fin du xvime siècle, le sultan du Maroc convoitant la possession de salines d’un revenu appréciable et de mines d’or dont il s’exagérait le rendement dirigea sur le royaume de Gao un corps de reîtres espagnols, renégats embauchés à cet effet. Ces hommes munis d’armes à feu épouvantèrent et mirent en déroute les vingt-cinq mille fantassins et les deux mille cavaliers du roi de Gao. Tombouctou fut prise ; elle était devenue un centre de culture ; des jurisconsultes s’y formaient : une littérature s’y développait dont on commence à peine à se faire quelque idée. Les vainqueurs, de vrais bandits, installés dans le pays, le corrompirent et portèrent un coup funeste à cette naissante civilisation qui ne s’en releva point. Gao s’affaissa. Tombouctou entra dans une sorte de crépuscule. Les royaumes qui s’élevèrent par la suite furent nettement en recul moral et politique encore que quelques uns aient atteint un certain niveau de prospérité. Pour un Mohammed Bello (1815-1837) conscient de ses devoirs royaux[1], protecteur des Lettres, écrivain lui-même en poésie et en prose, que de chefs sanguinaires sans idéal et sans culture ! Aussi bien une autre cause de démoralisation était intervenue. À travers ces sociétés que leur isolement condamnait à de lents et difficiles progrès se propageait le virus de l’industrie esclavagiste. L’esclavage avait toujours existé mais réduit aux prisonniers

  1. Mohammed Bello appartenait à une dynastie toucouleur et musulmane implantée au début du xixe siècle en pays haoussa, et qui subsista jusqu’à l’occupation de Sokoto par les Anglais en 1904.