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la forme, a pu, à certaines époques, subir des adoucissements ; dans le fond, elle a toujours subsisté ; les jésuites ont légué leurs traditions à l’Université : aujourd’hui comme hier, l’éducateur est un chirurgien qui opère l’enfant confié à ses soins, qui brise en lui quelque chose jugé nuisible ; et l’enfant ressort de là formé, assoupli, fait à l’image de la société dans laquelle il doit vivre et dont il a déjà tous les défauts et toutes les contradictions. S’il a su remplir complètement le rôle sévère et majestueux qui lui incombait, le maître aura inspiré à son élève l’habitude de l’obéissance et surtout le respect de l’autorité. Soumis lui-même à ses supérieurs, il aura fait de l’enfant un être dépendant, rompu aux obligations de la hiérarchie et n’en discutant même plus les avantages ou les inconvénients. Voilà ce qui existe dans les lycées de l’État aussi bien que dans les écoles religieuses, et Mgr Dupanloup a donné la caractéristique de cet état de choses en employant les deux mots qui peuvent le mieux le résumer : autorité, respect.

Liberté, indépendance, telle est la devise pédagogique de l’Angleterre. Là, le maître est un veilleur sous le regard duquel on place l’enfant, afin que, par ses paroles, son exemple, son enseignement, il aide au développement de ce que l’enfant a de bon et d’honnête en lui. Pour atteindre ce but, le maître ne se croit pas autorisé à employer des moyens violents : il n’a recours qu’à la raison et au sentiment ; il ne brise rien, il contrarie aussi peu que possible ; mais comme c’est là un travail d’une grande délicatesse en même temps que d’une hardiesse inouïe, il s’entoure de tout ce qui peut agir dans le même sens que sa direction discrète ; il fait de son école un raccourci du monde extérieur ; il y transporte l’air qu’on y respire, les avantages et les plaisirs permis qu’on y goûte, les embarras en face desquels on se trouve et même quelques-uns des obstacles que l’on a à surmonter ; son art consiste à approprier tout cela aux forces physiques, intellectuelles et