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avant-propos

risquer de verser dans l’anarchie. Les révolutionnaires français sentaient cela lorsqu’à côté des mots : liberté, égalité, ils plaçaient pour les corriger et pour compléter leur devise, le mot : fraternité. Mais c’est trop exiger des hommes. La fraternité est pour les anges. Le respect mutuel représente ce que l’on peut sans exagération réclamer de l’humanité. Il paraîtra étrange qu’ayant osé aller jusqu’à ce maximum utopique, on ne se soit point ensuite rabattu sur un minimum raisonnable. Mais en dehors de la tendance qui nous porte souvent à concevoir l’utopique plus aisément que le raisonnable, la doctrine du respect mutuel a ceci contre elle qu’elle exige la connaissance mutuelle. La tolérance qui n’est après tout qu’une forme de l’indifférence peut régner entre gens qui s’ignorent. Le respect ne s’établira qu’entre gens qui se connaissent.

Admettre de prime abord cette distinction et la placer en évidence équivalent à prévoir toutes les difficultés, toutes les oppositions, toutes les coalitions que le « respect mutuel » doit rencontrer en face de lui, principalement lorsqu’il s’agit d’éducation morale. Car les groupements qui s’attribuent la direction en cette matière sont