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faute d’un chemin de fer

au cours de deux missions dont la dernière venait de se terminer tragiquement dans le guet-apens de Tadjenout, avait relevé le tracé du futur Transsaharien jusqu’aux environs de Tadent, c’est-à-dire jusqu’au point où son itinéraire, à lui, Fialters, allait se confondre avec celui du célèbre voyageur allemand Barth, venu de Tripoli trente ans plus tôt. Flatters concluait que la construction ne présenterait « aucune difficulté technique » et pourrait « être faite dans des conditions économiques ». Au delà de Tadent, il fallait s’en rapporter au jugement de Barth ; mais ce jugement n’élait-il pas appuyé sur des détails probants, des appréciations pondérées, des réflexions perspicaces ? Barth demeure insurpassé dans la série des explorateurs africains ; il reste un modèle que tout le monde admire. Ses descriptions de l’Aïr et du Damerghou, publiées dès 1857 à Gotha, avec des cartes et des gravures, avaient la valeur d’une enquête serrée. Munis d’un pareil document, nous pouvions marcher de l’avant.

Que la perte de Flatters et de ses compagnons — auxquels le gouvernement, par un pacifisme malentendu, avait commis la faute de n’accorder qu’une escorte insignifiante, — que ce triste événement ait pesé lourdement sur l’opinion, on devait s’y attendre. Sensibles à toutes les infortunes, les Français s’émeuvent plus volontiers devant des tombes individuelles que devant une catastrophe collective. L’épouvantable drame de la montagne Pelée fit sur eux une moindre impression que le massacre du puits de Tadjenout. Quoi qu’il en soit, il appartenait aux pouvoirs publics de réagir contre une tendance irraisonnée ; le meilleur hommage, d’ailleurs, que l’on pût rendre à la mémoire de Flatters, n’était ce pas, en poursuivant son œuvre, d’empêcher que son noble effort ne risquât de demeurer stérile ? L’honneur national eût commandé de le venger mais, au seul point de vue de la sécurité des caravanes futures, il convenait de lancer sans retard dans la même direction une mission plus nombreuse et mieux armée que la sienne.

Seize années s’écoulèrent pourtant avant qu’une tenta-