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sont les journées de Los Angeles et de Berlin qui vous ont incités à me faire signe.

Si le maréchal Lyautey a souligné par le mot que je citais tout à l’heure la valeur de l’entraînement sportif dans la préparation à la guerre, cette valeur, croyez-le bien, n’est pas moindre dans la préparation à la paix. Après ce demi-siècle écoulé dans un perpétuel contact avec les choses du sport je ne crains pas de l’affirmer. Le sport grand producteur de force contrôlée n’est point un inspirateur d’esprit belliqueux. Si je ne devais éviter de pénétrer dans le champ de la politique j’en pourrais rapporter pour appuyer mon assertion plus d’un exemple probant. Ceux qui s’imaginent trouver dans le sportif des complaisances indéfinies à l’égard d’impérialismes illégitimes ou de haines destructrices se préparent des déceptions certaines. Le sport aime l’excès : je vous dirai même qu’il en a besoin pour se perpétuer ; il n’aime pas la violence inutile. C’est pourquoi je ne m’émeus guère des craintes que suscitent parfois au sein d’une opinion timorée ses apparentes exagérations. En 1913 prononçant le discours d’ouverture du Congrès de psychologie sportive que j’avais assemblé à Lausanne — et auquel participa d’autre part par l’envoi d’un autobiographie singulièrement suggestive le maître du geste que fut Théodore Roosevelt — un maître de la pensée, Guglielmo Ferrero disait : « Toute chose humaine qui s’élève trop haut ou s’avance trop loin trouve en elle-même sa propre limite ». Je suis bien d’accord avec cette parole. Il en sera du sport à cet égard comme du reste. J’ajouterai que le sport restera soumis lui aussi à cette loi des alternances collectives qui fait se succéder des faces contradictoires de l’activité humaine et la pensée ascétique par exemple évincer l’action corporelle ou vice-versa ? L’homme ne ressemble-t-il pas au pendule qui souhaite l’équilibre et ne le réalise qu’un moment dans sa course d’un extrême à l’autre.

Nous étions dans un temps où les hommes avait besoin de l’athlétisme et ce temps n’est pas révolu. Les bienfaits qu’ils en ont déjà recueillis sont énormes. Ils y ont puisé le raffermissement de la santé publique — le respect de la seule inégalité contre laquelle les théories et les rancunes sociales se trouvent impuissantes — une bonne humeur généralisée, précieuse, contre les blessures causées par le heurt des intérêts exaspérés… empêchons seulement qu’un féminisme outrancier ne travaille à le corrompre. Comprenez ainsi pourquoi je lutte pour tenir les femmes exclues des Jeux Olympiques. Qu’elles pratiquent tous les sports si elles le veulent mais ne s’y exhibent point.

Je m’excuse, chers camarades, de ces réflexions qui dépassent le cadre d’une rencontre amicale ; mais, séparé de vous si longtemps,