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de « moisissure » à la surface d’un astre entre les périodes bien plus longues de la formation ignée et de la matière morte : il est plus effrayant encore d’indiquer que les astres vivants sont en quelque sorte des accidents au milieu de l’espace immense qu’emplissent le vide, le silence et l’obscurité. Mais tout cela ne conduit-il pas à la notion de l’étendue indéfinie de l’univers, c’est-à-dire au seul point où notre humanité se heurte, d’une façon pour ainsi dire tangible, à l’incompréhensible ? Or être physiquement certain de l’existence de quelque chose que nous ne pouvons pas comprendre, c’est, messieurs, recevoir à la fois une leçon de modestie et une leçon d’espérance. C’est pourquoi j’ai toujours demandé que l’astronomie fût considérée comme le grand vestibule obligatoire de tout effort éducatif vers la connaissance ou la compréhension.

En écoutant M. le professeur Millioud, précisément, je me prenais à penser combien la société humaine évolue à la façon de l’astre qui la porte. Car la terre, tout en tournant toujours de la même manière, ne se retrouve jamais au même endroit. Ainsi en est-il de l’histoire. Cités pacifiques et empires de proie, césarisme et monarchie contrôlée, oligarchie et démocratie, et l’on pourrait presque ajouter laïcisme et théocratie, se sont remplacés les uns par les autres à travers les temps historiques, se ressemblant juste assez pour nous inviter à la prudence, mais jamais assez pour nous servir d’exemples et de modèles de façon absolue. En sorte que si l’on veut se servir de l’histoire comme d’un guide (et, dans nos démocraties modernes, ce guide est vraiment le plus sûr à qui puissent se fier gouvernants et gouvernés) il y faut apporter une dose presque égale d’esprit de tradition et d’esprit