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l’éducation anglaise

tous maintes fois observé l’explosion exubérante qui se manifeste pour nous autres Français au sortir du collège ; on dirait une sortie de prison et les échappés qui ne dirigent pas immédiatement vers les écoles du gouvernement s’empressent de mettre leurs livres de côté pour mieux savourer le bonheur de la liberté ; plus de contrainte perpétuelle, plus de communauté de tous les instants avec les camarades… on respire enfin. Combien sont grisés par ces premières bouffées d’air pur, et, en dehors même de ceux qui tombent, combien de bons élèves sur lesquels on avait fondé des espérances qui s’endorment dans un doux farniente d’où rien ne peut les tirer : ce sont des ratés, des hommes inutiles. Si quelques-uns reviennent ensuite à leurs livres, c’est après un intervalle plus ou moins long qui représente beaucoup de temps perdu et beaucoup de choses oubliées.

Cela est si vrai, Messieurs, que vous vous empressez de pousser vos enfants vers une carrière quelconque : et s’ils vous répondent : « je m’en ferai une » — cette parole vous inquiète parce que vous craignez la réaction. Vous n’y croyez pas aux carrières qu’on se fait à soi-même parce qu’en France les bonnes volontés s’arrêtent en chemin, faute de ressort. Mais en Angleterre, c’est la règle générale. L’armée, la marine, la diplomatie, la magistrature, n’en prennent qu’un petit nombre, de ces enfants élevés dans les public schools : les autres, sortis de l’école, qu’ils abandonnent avec larmes, travaillent de plus en plus ; le bon temps est fini, le temps du sport à outrance : à présent c’est l’effort constant : il faut arriver. Quelques-uns cherchent longtemps leur voie ; mais ils finissent par la trouver ; et puis il y a les colonies, cette carrière d’expatriation si bien faite pour les Anglais, qui partout où ils vont emportent leur old england avec eux. Quand on est squatter en Nouvelle-Zélande ou planteur en Amérique, on se trouve bien d’avoir reçu dans les collèges une aussi forte éducation physique et morale ; les muscles et le caractère sont alors des objets de première nécessité. — Or, si la principale cause de notre impuissance colonisatrice réside dans notre déplorable régime de succession, il me paraît que l’éducation y est bien aussi pour quelque chose.

Le jeune Anglais qui sort de l’école est ordinairement doué de beaucoup de bon sens ; il est familiarisé avec les grandes lois sociales de ce monde dont il a vu en quelque sorte la réduction, la miniature autour de lui et les théories glissent sur lui sans l’entamer : il a de l’empire sur lui-même, une bonne méthode pour apprendre ce qu’il ne sait pas encore, et dans l’âme beaucoup de naïveté et de fraîcheur. En revanche son sens pratique confine souvent à l’égoïsme, mais ce défaut est plus imputable à la race qu’à l’éducation : seulement le type que j’esquisse en ce moment c’est un type d’élite. — Si vous