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société d’économie sociale (séance du 18 avril 1887).

appartient de déléguer le « Head-Master », directeur, élu pour un temps indéterminé, et de modifier les programmes et les règlements. Le Head-master choisit les professeurs avec le plus grand soin. Ceux-ci, en effet, ne font pas seulement des cours aux élèves, mais ils vivent avec eux, dans la même maison, les invitent dans leur salon, les associent à leur vie de famille.

Quant à la question d’argent, si l’éducation universitaire est une éducation de luxe, coûtant très cher, il n’en est pas tout à fait ainsi des public schools. D’ailleurs, un Anglais n’hésite pas à entamer son capital pour payer l’éducation d’un enfant, pour la compléter par des voyages. Puis il y a dans les public schools des bourses, qui toujours sont données au concours, et qui sont assez importantes pour tirer d’affaire ceux qui les ont méritées.

M. Hudault voudrait savoir comment sont élevés et instruits les enfants avant d’entrer dans les collèges, qui ne les reçoivent que vers douze ou treize ans. Faut-il apprendre beaucoup aux très jeunes enfants, ou leur verser les connaissances goutte à goutte, afin qu’elles pénètrent mieux ?

M. de Coubertin sans vouloir trancher la question, l’expérience lui manquant, distingue de l’intelligence la mémoire, qui est très développée chez les enfants. C’est ce que les Anglais semblent avoir compris. Avant douze ans, ils meublent la mémoire de connaissances nombreuses pour laisser ensuite une plus large place à la formation morale et physique. Mais, bien qu’il existe quelques petites écoles, cette première instruction est presque toujours donnée dans la famille. On juge que cela est bon pour les parents comme pour les enfants.

M. le Dr Poitou-Duplessy observe que dans chaque système d’éducation se révèlent les caractères du système social auquel il appartient. En Angleterre, la famille et la liberté étant en honneur, le public school est une sorte de famille agrandie. Nous tendons au contraire en France à mettre l’individu isolé en face de l’État omnipotent : et le type de nos collèges est la caserne. On y reçoit une instruction uniforme, qui flatte notre manie d’égalité. On se hâte de conquérir un diplôme, qui n’est souvent qu’un brevet d’ignorance, afin d’entrer dans les carrières publiques. Et l’on oublie que l’éducation ne doit avoir d’autre but et ne peut avoir d’autre résultat que de nous apprendre à apprendre.

M. Brants est surtout frappé de deux avantages dans l’éducation anglaise : elle ne produit ni le surmenage intellectuel, ni le déclasse-