Page:Cournot - Essai sur les fondements de nos connaissances.djvu/19

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par les mouvements diurne et annuel de la terre où l’observateur est placé, les apparences du système astronomique ; l’autre veut trouver dans les formes, ou dans les lois constitutives de l’esprit humain, l’explication des formes sous lesquelles nous concevons les phénomènes, et auxquelles les hommes sont portés (mal à propos selon lui) à attribuer une réalité extérieure. En un mot, pour employer dès à présent des termes dont nous ne pourrions nous dispenser par la suite de faire usage, malgré leur dureté technique, Kant n’accorde qu’une valeur subjective à des idées auxquelles le commun des hommes, et même la plupart des philosophes, attribuent une réalité objective.

Nous entrerons plus loin dans la discussion de l’hypothèse du métaphysicien allemand, et nous examinerons si elle ne doit pas être rejetée, par des motifs tout à fait semblables à ceux qui nous obligent d’admettre l’hypothèse du grand astronome, son compatriote. Il suffit ici d’avoir rappelé l’analogie de deux questions sur lesquelles la raison peut d’ailleurs porter des jugements inverses, d’après les données qu’elle possède sur l’une ou sur l’autre.

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Nous appellerons illusion la fausse apparence, celle qui est viciée ou dénaturée en raison de conditions inhérentes au sujet percevant, à ce point que par elle-même elle ne fournit qu’une idée fausse de l’objet perçu ; nous donnerons, par opposition, le nom de phénomène à l’apparence vraie, c’est-à-dire à celle qui a toute la réalité externe que nous lui attribuons naturellement ; enfin, nous distinguerons le phénomène dont la réalité externe n’est que relative, d’avec la réalité absolue que l’esprit conçoit, lors même qu’il n’aurait aucun espoir d’y atteindre avec ses moyens de perception. Des exemples vont encore servir à éclaircir le sens de ces définitions abstraites. Lorsque, du pont du navire où je suis embarqué, mes yeux voient fuir les arbres et les maisons du rivage, c’est une illusion des sens, une apparence fausse et dont je reconnais