Page:Cournot - Essai sur les fondements de nos connaissances.djvu/18

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que relativement au système dont le vaisseau et les animaux font partie : peut-être que, si l’on tenait compte de la marche du bâtiment, on trouverait que le même animal qu’on a eu raison de juger en mouvement par rapport au navire, était en repos par rapport à la surface terrestre, tandis que l’autre animal se déplaçait. On n’en est pas moins fondé à dire que l’animal, observé dans l’attitude de la marche, s’est mû réellement : seulement, la réalité de ce mouvement n’est que relative au système mobile auquel l’animal est associé.

Les expériences du pendule et l’aberration de la lumière prouvent la réalité du mouvement diurne et du mouvement annuel de tous les corps placés à la surface de la terre ; mais peut-être qu’en vertu du mouvement de translation du système planétaire dans l’espace, tel point de la masse terrestre, son centre, par exemple, se trouve actuellement dans un repos absolu, tandis que le centre du Soleil est en mouvement. Il n’y aurait rien à en conclure contre la réalité de l’hypothèse de Copernic, qui fait mouvoir la terre autour du Soleil en repos : seulement il faut entendre que la réalité de l’hypothèse est purement relative au système du Soleil et des planètes qui l’escortent.

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Pour suivre de plus près l’analogie avec le problème qui doit nous occuper, et qui a pour objet de soumettre nos idées à un examen critique, de discerner le vrai du faux, l’illusion de la réalité, il faut (sans sortir de l’ordre de faits où nous puisons nos exemples) considérer plus spécialement le cas où il s’agit, non plus de prononcer sur les mouvements réels d’un système de mobiles, d’après leurs mouvements relatifs, tels qu’ils apparaissent à un observateur certain de sa propre immobilité, mais bien de prononcer sur les mouvements réels qui peuvent affecter, soit le système des mobiles extérieurs, pris dans leur ensemble, soit la station même de l’observateur ; et cela, d’après la perception des mouvements apparents du système extérieur, par rapport à la station de l’observateur.

La rigueur de cette analogie n’a point échappé à Kant, c’est-à-dire au philosophe qui a sondé avec le plus de profondeur la question de la légitimité de nos jugements. Lui-même compare la réforme philosophique dont il se fait le promoteur à la réforme opérée en astronomie par Copernic. L’un explique,